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Auteur "inconsolable et gai", JC Denis reçoit le Grand Prix 2012

Olivier le Bussy

Mis en ligne le 30/01/2012

Consacré par ses pairs, l’auteur français sera le président de l’édition 2013. “Les chroniques de Jérusalem” de Delisle apprivoisent le Fauve d’or
Envoyé spécial à Angoulême

Blain, Larcenet, Cosey, Mattotti et les autres auteurs dont les noms étaient murmurés comme possible Grand Prix 2012 de la ville d’Angoulême devront encore attendre pendant au moins un an. Composé des anciens récipiendaires du prix et présidé par le lauréat 2011, l’Américain Art Spiegelman, le jury a finalement porté son choix sur Jean-Claude Denis (né à Paris, le premier jour de l’année 1951).

Ce n’est pas une surprise - voilà plusieurs éditions que le Français était cité dans la short list des favoris. Et c’est un choix qui se justifie amplement, au vu du parcours artistique de ce gentleman du Neuvième art.

En récompensant Denis, le jury prime un auteur complet, un scénariste sensible, un dessinateur et illustrateur élégant, s’adressant avec un égal bonheur au jeune public qu’aux adultes.

Formé aux arts décoratifs à Paris, JC Denis fit ses premières armes dans "Pilote", à la fin des années 70. C’est chez Casterman qu’il publia son premier album, avec Veyron ("Oncle Ernest et les ravis") en 1978, avant de signer "Cours tout nu" pour Futuropolis (période Robial), en 79 et trois épisodes d’"André le corbeau" chez Dargaud (80-84).

Mais c’est chez son premier éditeur, Casterman, que la carrière de Denis va prendre son essor, concomitamment, au lancement, par la même maison, à la fin des années 70, de feu le mensuel "(A Suivre )" et son casting de rêve (Pratt, Tardi, le tandem Schuiten-Peeters, Forest, Comès, Munoz, Sampayo ).

C’est pour ce support que Jean-Claude Denis créa son (anti-) héros récurrent, Luc Leroi (sept albums de 1981 à 2000, dont "Le nain jaune", prix du public à Angoulême en 1987), perpétuellement en décalage avec son environnement et ses contemporains. La saveur de l’humour de Denis tient dans un subtil mélange de saveurs où prime l’amertume. Cet auteur que l’on aurait envie de qualifier d’"inconsolable et gai" publie dans quasi toutes les maisons d’édition.

Mais c’est pour Dupuis, dans la collection Aire libre, qu’il signe, en 2002, ce qui peut être considéré comme son chef-d’œuvre : "Quelques mois à l’Amélie" récit gigogne de l’errance de l’écrivain Aloys Clarke, cherchant en vain l’inspiration et le goût à la vie sur les routes de France. La découverte d’un livre oublié va le lancer sur les traces de cet auteur inconnu de lui et qui l’a tant bouleversé. Littéraire, sensible, "Quelques mois à l’Amélie", porté par un dessin racé, au réalisme souple, inscrit définitivement JC Denis dans le cercle des auteurs majeurs.

Suivront, entre autres, "Le sommeil de Léo" aux "nouvelles" éditions Futuropolis et le facétieux "Un peu avant la fortune", scénarisé pour Dupuy et Berberian (lauréats du Grand Prix 2008). "Tous à Matha !", publié en deux volumes en 2010 et 11 chez Futuropolis, mettant en scène un ado des sixties épris de musique établit le lien avec l’autre grande passion de JC Denis.

Guitariste du groupe Dennis Twist (qui comptait en son sein les auteurs Vuillemin et Margerin) auquel on doit le tube pop "Tu dis que tu l’M", inspiré du "Hungry Heart" du Boss Springsteen puis des Hommes du président au sein desquels on retrouvait, entre autres, Charles Berberian.

Si le choix de Jean-Claude Denis comme Grand Prix ne souffre guère la discussion, la décision du Grand jury (composé de six auteurs, de journalistes et libraires et présidé lui aussi par Spiegelman) d’attribuer le Fauve d’or, sacrant le meilleur album de l’année, aux "Chroniques de Jérusalem" du Québécois Guy Delisle laisse perplexe.

Non que l’ouvrage autobiographique qui raconte l’année passée par l’auteur à Jérusalem-Est dans le sillage de son épouse, active dans l’humanitaire, soit dénué d’intérêt et de qualités, loin de là. On a d’ailleurs salué dans ces colonnes (LLB 26/12/11, supplément Angoulême du 26/01/12) cette succession de nouvelles - pertinentes et souvent drôles - où la naïveté du Candide le cède peu à peu au désenchantement face à l’inextricable conflit israélo-palestinien.

Il nous semble cependant, que dans la sélection officielle, plusieurs albums lui étaient largement supérieurs tant sur la forme (on pense au stupéfiant 3’’ de Marc-Antoine Mathieu) que sur le fond (le puissant "Atar Gull" de Nury et Brüno, "Habibi" de Thompson, "L’art de voler" de Altarriba et Kim) ou sur la forme ET le fond. A cet égard, "Les amateurs", de Brecht Evens nous conforte dans l’idée que le Gantois est un auteur novateur et de tout premier plan. Son tour viendra, sans aucun doute.

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