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Peut-être y a-t-il de l’espoir

Geneviève Simon

Mis en ligne le 30/01/2012

Pour son premier roman, Bruce Machart se pose en héritier de Faulkner ou McCarthy. A l’entame du XXe siècle, il campe une histoire familiale tourmentée dans les terres sauvages du Texas.

En 1895, le Texas est une âpre terre de pâturages noirs où déferlent les tourbillons du vent, exigeant des hommes qui la cultivent abnégation et force herculéenne. Cette nuit-là, en donnant la vie à son quatrième fils, l’épouse de Vaclav Skala y laisse la sienne. L’aîné de la fratrie n’a que cinq ans. Inconsolable, le père va désormais élever ses enfants entre tyrannie et folie, les poussant à travailler sans relâche en bêtes de somme derrière la charrue qui déforme leurs cous, épuise leurs corps.

En cette contrée peuplée de propriétaires terriens, la fierté des hommes se mesure en arpents et en chevaux. Concurrence et jalousie ne sont dès lors jamais loin. Lorsque Villaseñor, un riche Espagnol escorté de ses trois filles et de deux gardes du corps, vient s’y installer, l’ambiance se crispe. D’autant qu’il va proposer à Vaclav Skala un pari insolite qui va engager l’avenir des quatre frères. Tout repose dès lors sur les épaules d’un Karel hypnotisé par Graciela qu’il doit affronter lors d’un duel mémorable

Dans ce premier roman au souffle épique, Bruce Machart dépeint des êtres écartelés par la vie et les désirs jamais réalisés, la rancune et le poids du passé. Coupable aux yeux de Vaclav d’avoir tué la seule femme qu’il ait jamais aimée, Karel s’est construit sur l’indifférence d’un père et le manque d’une mère. Il a été nourri par le lait d’une autre femme, n’a jamais connu de maternel qu’une voix parvenue à lui in utero ou aux derniers instants de l’accouchement. Il se sait pourtant fort de ce souvenir authentique.

Né au Texas, fils d’un fermier installé non loin du comté de Lavaca où il situe son intrigue, Bruce Machart recrée dans "Le sillage de l’oubli" un monde de douleur et de sang, de brutalité et de déchirements, où terre et hommes sont indissociables, interdépendants. Un monde qui "offre bien peu de joies hormis celle de s’élancer au grand galop" et n’est pas sans rappeler celui dépeint autrefois par Faulkner ou "La trilogie des confins" de Cormac McCarthy. La majesté de son écriture, la puissance de ses évocations, son sens visuel des scènes - la décisive course de chevaux ou le dramatique incendie, notamment -, une subtile construction temporelle concourent à donner au récit son ampleur, à fonder sa maîtrise. Sans oublier une quête de rédemption, aux accents bibliques. Malgré la rancœur semée hier, malgré le travail qui harasse, malgré les rivalités qui séparent, malgré la folie des hommes, peut-être y a-t-il de l’espoir.

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Le sillage de l’oubli Bruce Machart traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marc Amfreville Gallmeister 334 pp., env. 23,60 €

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