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Bandes dessinées
La "triste et belle histoire" d’un Blake et Mortimer
Francis Matthys
Mis en ligne le 23/11/2009
Physicien (cf. "Le Secret de l’Espadon") né en 1946 du crayon et de l’imagination du génial Edgar Pierre Jacobs (et de Jacques Van Melkebeke), le professeur Mortimer est par ailleurs un réputé archéologue amateur (cf. "Le Mystère de la Grande Pyramide"). C’est ce volet-là de sa personnalité qu’a choisi de privilégier Jean Van Hamme, le scénariste belge aux 37 millions d’albums vendus en quarante ans (cf. LLB du 19 novembre 2009).
Point besoin d’ici rappeler qu’une dizaine d’années après le décès de Jacobs (Bruxelles, 30 mars 1904 - Lasne, 20 février 1987), les aventures des mythiques Blake et Mortimer - et Olrik - recommencèrent à paraitre, confiées avec bonheur (et un formidable succès commercial) à de talentueux scénaristes et dessinateurs qui travaillent en duos et en alternance : Jean Van Hamme et Ted Benoît, d’une part, Yves Sente et André Juillard de l’autre. Pourtant, désireux de se consacrer à d’autres travaux, Benoît s’en tînt à "L’Affaire Francis Blake" et à "L’Etrange Rendez-vous"; le choix d’un autre dessinateur s’imposa donc. Il se porta alors sur René Sterne.
"La Malédiction des trente deniers" (Editions Blake et Mortimer, 56 pp. mises en couleurs par Chantal De Spiegeleer et Laurence Croix, env. 14,50 €) - dont le premier tirage du tome 1 du diptyque, "Le Manuscrit de Nicodemus", est de 570000 exemplaires - commence vers 1953-1954, à l’heure où un ancien dignitaire nazi, reconverti en diabolique aventurier, organise l’évasion du colonel Olrik d’un pénitencier américain; au moment aussi où, dans l’extrême sud du Péloponnèse, un jeune berger met la main sur un coffret contenant l’un des trente deniers donnés à Judas l’Iscariote pour prix de sa trahison de Jésus, quelques heures avant la crucifixion du Christ Et Mortimer de se voir plongé dans l’une de ses plus stupéfiantes aventures, conçue de main de maitre par Jean Van Hamme. Récit dont il nous faudra probablement un an avant d’en connaitre la fin dans le tome qu’illustrera un nouveau venu, Aubin Frechon.
Dans sa préface, Jean Van Hamme rappelle que la réalisation de cet album - diversement chargé d’émotions - représente "une triste et belle histoire". En effet René Sterne (né à Jemappes le 29 août 1952, dessinateur et scénariste des dix albums d’"Adler", réédités en 2008 en deux forts volumes au Lombard) avait terminé les vingt-neuf premières planches de cette "Malédiction" lorsqu’il mourut inopinément, le 15 novembre 2006, à Union, l’une des Iles Grenadines des Petites Antilles où l’artiste s’était fixé depuis des années avec son épouse et coloriste adorée, Chantal De Spiegeleer, elle-même auteure de la très originale saga de "Madila" - non du nom d’une héroïne, mais d’une ville luxuriante et rieuse, "où les âmes peuvent s’empoisonner", "Madila" dont l’intégrale, qui réunit les cinq albums de la série, fit l’objet d’un volume publié au Lombard en novembre 2008. Afin d’honorer la mémoire d’un René unanimement regretté, Chantal accepta de mener à bon port cet album qu’attendaient bien des "blake et mortimerphiles". Elle a naturellement prolongé le graphisme de Sterne tout en préservant son propre style. Et il ne faut pas être sorcier pour deviner que l’entreprise fut délicate; pour la réalisation de certains décors, la dessinatrice (lauréate de la Fondation Spes) s’adjoignit le concours de son frère Jean ainsi que d’Etienne Schréder. Un récit aussi palpitant qu’instructif, Jean Van Hamme - peu avare en textes, Dieu merci ! -, rappelant (ou apprenant) à ses lecteurs qui est l’apôtre maudit dont parlent l’Evangile de saint Matthieu et les Actes des Apôtres, qui s’est pendu de désespoir mais dont le corps ne fut jamais retrouvé. Récit sur lequel nous reviendrons quand paraitra l’autre volet de cette (hélas) bien-nommée "Malédiction" qui mène Mortimer en Grèce. Où l’incroyable l’attend.
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