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Satire
Par-dessous la haute couture
Éric de Bellefroid
Mis en ligne le 26/01/2010
Le royaume de la haute couture n’est pas le monde tranquille et feutré qu’on aimerait croire. Marc Lambron, qui brasse le sujet avec son talent coutumier, la puissance des mots accouplée à l’audace des idées, dresse une fresque sans fard de cette foire aux vanités où l’argent certes détient le pouvoir suprême, sans cependant posséder tous les arguments.
L’auteur des "Étrangers dans la nuit" met ici en scène deux figures contrastées, celle du couturier Jean-Louis Beaujour, mondialement connu sous le nom de "Jean-Louis", et une distinguée journaliste nommée joliment Hélène Delmas. L’épicentre de cette sottie empoisonnée tient autour d’un long entretien que le premier accorde à la seconde en guise, peut-être, de mémoires posthumes.
Nument, crument, cyniquement, le monstre sacré du chiffon, molécule de synthèse où l’on pourrait voir clonés en même temps Yves Saint Laurent et Karl Lagerfeld, Hubert de Givenchy ou Pierre Cardin, décrit Paris et le panorama universel de l’élégance sans manquer le moindre des intérêts parfois assez vils qui s’y trouvent en jeu. Brossant ainsi le portrait d’un milieu, d’une époque et de leurs puissants miasmes. Un monde de serpents, comme l’insinue Lambron par ses allégories venimeuses.
D’une séquence à l’autre, Jean-Louis passe au fil de l’épée ses propres égéries, ces grands mannequins capricieux juchés sur leurs talons télescopiques, mais aussi tous les ministres du culte qui officient autour d’elles, à commencer par les créateurs eux-mêmes, la presse féminine et la télévision ensuite. Il démonte ainsi à la longue la culture des apparences, les mythes de la séduction, et tous les canons qui président à ce qui n’est jamais, en dernier ressort, qu’une tentative sans issue de conjurer jusqu’à la mort la marque des années.
Quelques lignes bien senties, comme de juste, dépeignent les mœurs professionnelles des rédactrices de mode, à plus forte raison lorsqu’elles sont américaines, qui croient faire et défaire les lignes et tendances alors qu’elles sont entièrement inféodées à ces Pygmalion qui les sculptent de toutes pièces. Mais la gratitude de ces dames est dument récompensée par les mille-et-un parfums et accessoires dont elles repartent toujours les bras chargés.
C’est une édifiante plongée qui nous est ainsi offerte dans les vestiaires des riches, quand on se prenait à rêver que tout était conte de fées en l’empire des taffetas et mousselines. La légende de la robe en sort toute froissée.
Théorie du chiffon Marc Lambron Grasset 162 pp., env. 11,90 €
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