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Bandes dessinées

Le Gainsb-art de Sfar

A.Lo.

Mis en ligne le 08/02/2010

Joann Sfar offre un prélude ou un prolongementà son film sur le beau Serge. Une nouvelle preuve de l’imaginaire fécond de l’auteur du “Chat du rabbin”.

Sfar rime donc avec Gainsbarre. Sorti sur les écrans mercredi dernier, "Gainsbourg (vie héroïque)" s’accompagne dans les librairies de "Gainsbourg (hors champ)". (hors champ) parce que l’auteur du "Chat du Rabbin" y a compilé ce qui n’est pas dans sa biographie librement inspirée de la vie du chanteur et qui l’a guidé dans la réalisation de son premier long métrage. Sfar avait souhaité qu’on ne compulse pas cet ouvrage avant d’avoir vu le film. Les spectateurs ayant pris le chemin des salles, on peut donc leur proposer de poursuivre le voyage.

Le texte d’introduction se fait note d’intention et éclaire sur les partis pris du film. Croquis, bande dessinée, storyboard, rêves, femmes s’y mélangent. Les idées explosent sur les pages comme elles ont dû surgir dans le cerveau hyperproductif de Sfar. Ça stencile de l’imaginaire là-dedans. L’œuvre de toute une vie de certains tiendrait dans les 480 pages pondues par l’auteur du "Chat du Rabbin". Il y a, bien sûr, à boire et à manger, à prendre et à laisser. Mais il est rare de suivre ici à la ligne (de crayon) près la genèse d’un film, le cheminement d’une pensée, la rencontre entre deux poètes aussi productifs que Gainsbourg et Sfar. Vertigineuses planches où Sfar rejoue la rencontre entre Gainsbourg et Birkin, lors du casting de "Slogan", le film de Pierre Grimblat. Et dessinant, à l’identique, les scènes jouées dans le casting, il note : "Utiliser cette scène pour les castings du personnage de Jane Birkin ?".

Il livre une clé, aussi, à peu près à mi-chemin du pavé, qui ne surprendra pas ceux qui connaissent le pédigrée du dessinateur, la pochette d’un 45 tours de Lilou. "Lilou était chanteuse et son mari jouait du piano", rappelle Sfar. Lilou s’est tue un jour et un petit garçon a sacralisé toutes les chanteuses parce que, soudain, il n’entendait plus les mots de sa mère, qu’il écoutait "avant de savoir parler". Alors on comprend mieux que si Juliette, Brigitte, Jane et les autres, ce n’est pas seulement parce que Serge les a croisées mais parce qu’elles représentent aussi quelque chose pour Joann, qui aime tant dessiner les femmes. Sfar se souvient aussi qu’étudiant aux Beaux-Arts de Paris, il avait fait l’acquisition du "Traité du paysage et de la figure" d’André Lhote, qui fut le directeur d’atelier d’un certain Lucien Ginsburg. On notera que, dans certains dessins, le jeune Lucien/Serge arbore la même capillarité que Sfar dans ses autoportraits.

En fin d’ouvrage, parmi les reproductions et facsimilés des carnets de croquis de Sfar, on trouve encore des dessins comparatifs de portraits de Charlotte et Serge, lorsque le dessinateur-réalisateur avait envisagé de faire jouer le père par la fille. En découle un Gainsbourg-Nosferatu-prince de la nuit, qui fait aussi écho au Grand Vampire de l’auteur.

Et ce n’est pas fini, puisque Dargaud édite aussi un petit livret regroupant 22 illustrations de Gainsbourg et ses Dames, avec citations du chanteur au verso.

Gainsbourg (hors champ) Joann Sfar Dargaud 451 pp., env. 39 €

Gainsbourg (images) Joann Sfar Dargaud 46 pp., env. 11 €

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