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Jeunesse
Cousus de fil tendre
Laurence Bertels
Mis en ligne le 12/07/2010
Imagier et abécédaire, "Animaux" classe les petites et grosses bêtes, à poils et à plumes, dangereuses ou inoffensives, par ordre alphabétique. Voilà comment se côtoient sur une même page l’auroch, dont les cornes étaient chères à Georges Brassens, l’antilope, l’anguille, l’anaconda ou encore l’alligator. A la lettre "b", on craindra le barracuda, on craquera pour le bengali - oiseau de couleur et de bonheur -, on ne résistera pas aux yeux de biche et on évitera le bouc. La veuve noire, la tarentule, le tarsier -qui sait dessiner un tarsier ? - et la somptueuse queue verte du quetzal au poitrail cravaté retiendront encore notre attention pendant que nous nargue le nasique, fameux singe de Bornéo. En tout, ce sont des centaines d’animaux qui se montrent sous leur plus beau profil sur fond vivement coloré de doubles pages cartonnées. De quoi s’amuser des heures durant, s’attarder sur son animal préféré et apprendre, encore et toujours, des nouveaux noms d’animaux au fil d’une encyclopédie pleine de vie mais sans parole.
De facture certes classique, dans la lignée anglo-saxonne du livre pour enfants, "L’Ours et l’enquiquineuse" touche par sa justesse et sa tendresse. On perçoit, derrière ce récit attendu d’une amitié difficile entre un ours et une souris, la patte d’une auteure, Bonny Becker, qui a du métier, et celle d’une illustratrice, Kady MacDonald Denton, qui, en vingt-cinq ans, s’est taillé une solide réputation. Dès lors, l’histoire de l’ours revêche, personnage aussi récurrent que la souris qui le chatouille, séduit immédiatement. On se sent proche de lui lorsqu’il arrive dans la cuisine et s’apprête à prendre son petit-déjeuner en paix, n’était cette souris venue troubler sa tranquillité. Il a beau tenter de la chasser du tiroir à pain, de l’armoire à fromage ou du réfrigérateur, l’ennemie jurée finit toujours par se glisser là où il ne l’attend pas. Jusque dans un cœur plus tendre qu’il n’y parait ou qu’il voudrait bien le croire. L’ours finira donc par s’accommoder de cette amitié impromptue. Comme quoi, les enquiquineuses ont parfois du bon.
Très belle atmosphère dans "Flora mon ourse" également, un album de la grande artiste tchèque Daisy Mrazkova, tout en nuances, étrangeté et retenue. Ou comment un ours en peluche trouve peu à peu sa place dans la vie de tous les jours, grâce aux attentions reçues. Ramassée, réparée, lavée, cajolée, nourrie et surtout considérée, Flora, de plus en plus vivante, devient, en effet, peu à peu membre de la famille à part entière. Et ce, grâce aussi aux acryliques, étonnants arrêts sur image aux visages expressifs et décors impressionnistes, à la façon des Nabis parfois, de Daisy Mrazkova. Un album singulier qui démarre à Prague, un jour de neige, et nous emmène en Australie, dans la forêt tropicale.
Animaux Soledad Bravi L’École des loisirs 54 pp., env. 13,50 €. Dès 2 ans.
L’Ours et l’enquiquineuse Bonny Becker et Kady MacDonald Denton traduit de l’anglais par Rémi Stefani Casterman env. 14 €. Dès 2 ans
Flora mon ourse Daisy Mrazkova traduit du tchèque par Katarina Mrazek Albin Michel jeunesse 64 pp., env. 13 €. Dès 2 ans
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