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Exposition

Des "Voyages" en boîtes

Laurence Bertels

Mis en ligne le 28/07/2010

Croqués sur le vif par la fenêtre du train, Anne Brouillard peint ensuite de sublimes paysages. Une artiste qui n’hésite pas à peaufiner son travail.

Thé ou café ? Beatles ou Rolling Stones ? Train ou avion ? Thé vert japonais, "The Fool on the Hill", des Beatles, bien sûr, et train répondrait Anne Brouillard dont l’exposition "Voyages", presque comme le titre d’un de ses albums, "Voyage", se déroule, dans les deux sens du terme, au Wolf, maison de la littérature jeunesse, sise près de la Grand-place. L’auteure illustratrice belgo-suédoise, à laquelle on doit les incontournables "Trois chats", un titre de 1990 réédité en 2008 aux Editions du Sorbier, vient en effet de mettre en boite(s) des paysages et reflets de saisons dont elle a le secret. Nourrie par les nombreux voyages ferroviaires effectués notamment lorsqu’elle vivait à Orchimont, dans la commune de Vresse-sur-Semois, son imagination s’est couchée sur des rouleaux de toiles de douze à quinze mètres de long, enfermés dans des boites de bois clair vitrées. Dès lors, pour partir en voyage, il "suffit" de tourner la manivelle et de voir défiler, sous nos yeux, en trois dimensions parfois, la magnifique campagne namuroise, souvent représentée en hiver. " J’aime cette saison, quand les arbres ressemblent à de la dentelle" .

Particulière, la lumière, comme souvent chez Anne Brouillard, s’y fait belle et les rives de la Sambre, entre Namur et Dinant, prennent une dimension presque fantastique. Des chats, des hiboux, de reflets moirés se glissent dans le décor pendant que paissent des chevaux ou que surgit une ferme flamande. La ville, ou ses abords, qu’il s’agisse de Bruxelles ou Paris, trouve aussi droit de cité dans ce grand projet auquel elle travaille depuis de longs mois et qu’elle espère réitérer jusqu’à la fin de sa vie. "L’idée des toiles est venue progressivement et m’habite depuis longtemps."

Passionnée par le train - elle a déjà voyagé en locomotive et achète les revues spécialisées telles que "Rail Passion" ou "Chemins de fer" -elle ne cesse de regarder par la fenêtre. Crayon et carnets en main, elle multiplie notes et croquis. Elle se sent protégée par la vitre et aime voir évoluer l’environnement comme lorsqu’elle est allée de Moscou à Pékin en Transsibérien.

Après avoir vécu à Bruxelles, en Ardennes et en Chine, la voici basée à Ostende, ville dont la lumière ne la laisse pas indifférente, elle qui aime particulièrement les clairs-obscurs de Spilliaert. Anne Brouillard fabrique toujours ses peintures elle-même, à base de pigments et de jaune d’œuf, une technique empreintée aux peintres d’icônes russes et utilisée dans ses albums. "La terre tourne" (Ed. Le Sorbier), "Le voyageur et les oiseaux" (Ed. du Seuil), "Le rêve du poisson" (ed. Sarbacane) sont quelques titres invitant au voyage. Elle a plusieurs projets dans ses cartons, dont un proche de la bande dessinée, mais Anne Brouillard n’aime pas se presser. Elle n’hésite pas, en revanche, à peaufiner son travail. Pas question, en effet, de dérailler.

Bruxelles, jusqu’au 31 août. Le Wolf, 20 rue de la Violette. Du lundi au dimanche de 10 à 18h00. Entrée libre. Infos : 02.512.12.30 ou www.lewolf.be

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