Abonnez-vous a La Libre Belgique

Malentendu

Supporter la douleur d’autrui

Francis Matthys

Mis en ligne le 23/08/2010

Dans “Une forme de vie”, son dix-huitième roman publié, Amélie Nothomb tient son propre rôle. Où il est question de la guerre en Irak, de l’obésité, de l’art actuel, à travers des échanges épistolaires.

Dix-huitième roman - depuis "Hygiène de l’assassin" en 1992 - d’une Amélie Nothomb qui laisse entendre qu’elle en a déjà écrit plus de soixante, "Une forme de vie" la met en scène sous sa véritable identité, comme l’exige l’autofiction. De cette histoire, en effet, le plus lu des écrivains belges d’aujourd’hui est non seulement la narratrice, mais aussi la destinataire des lettres qu’elle contient. Lettres qui plongent la romancière dans la perplexité.

En décembre 2008, en provenance d’Irak, Amélie Nothomb (celle, du moins, du livre) reçoit une lettre de quelques lignes, postée à Bagdad par un soldat américain qui y est basé depuis six ans, à l’époque du début de cette "fichue guerre". Et Melvin Mapple d’avouer : "Je vous écris parce que je souffre comme un chien. J’ai besoin d’un peu de compréhension et vous, vous me comprendrez, je le sais". Croyant d’abord à un canular, Amélie N. (qui reconnait que sa capacité à "supporter la douleur d’autrui" est au bord de la rupture et qui refuse d’endosser l’uniforme de marraine de guerre) se contente d’envoyer, dédicacés, ses livres traduits en anglais à ce lointain correspondant. Geste généreux qui, quelques jours plus tard, vaut à notre compatriote cette singulière réponse : "Merci pour vos romans. Vous voulez que j’en fasse quoi ?". Amélie Nothomb - qu’on devine intuitive - ne va pas tarder à découvrir qu’il y a malentendu. Car, apprend-elle bientôt, ce Melvin de 39 ans avait déjà lu tous ses livres : la curiosité de l’auteure du "Sabotage amoureux" se voit dès lors piquée au vif. Et, au fil des missives qui s’ensuivront, A.N. commence à silhouetter de mieux en mieux ce combattant qui s’est armuré dans l’obésité. Parce que, là-bas, sur le terrain, après avoir participé chaque jour "à des horreurs pire que la veille", on se rue sur la bouffe. Obésité dont, presque en poète, Melvin a tiré un personnage, son double féminin, qu’il évoque avec une audace et une sensibilité qui bouleversent une Amélie dont l’écriture, quant à elle, n’accuse pas une once de graisse. "Notre obésité constitue un formidable et spectaculaire acte de sabotage. Nous coutons cher à l’armée ", affirme cet étrange soldat de 2e classe.

Dans cette fiction riche en accents sincères, Amélie Nothomb réexprime l’un de ses leitmotivs : "L’amour est un mystère". Mais soudain, après une bifurcation du côté de la performance (qui rappelle beaucoup l’Eric-Emmanuel Schmitt de "Lorsque j’étais une œuvre d’art"), Amélie Nothomb nous mène ailleurs. Là où ce qu’on pressentait surgira. Mais chuuut sur la chute - qui prouve qu’un coup de théâtre peut être fatal à un roman. Si touchant soit-il.

Une forme de vie Amélie Nothomb Albin Michel 170 pp., env. 15,90 €

Autres Informations

Facebook

À ne pas manquer

ESSENTIELLE

Retrouvez toute l'actualité féminine, mode et bien-être sur le site essentielle.be

Voyages

Destinations exclusives et parcours culturels.

Emploi

Trouvez un job

Haut de page