Filigranes refuse de vendre le livre polémique sur Breivik

Ch. Van Dievort Publié le - Mis à jour le

Livres

Une des plus grandes librairies d'Europe qui refuse de commercialiser un livre c'est rare. C'est encore plus rare lorsque celui-ci est le fait d'un éditeur actif chez Gallimard! C'est pourtant ce qui arrive chez nous. Marc Filipson, le patron des librairies Filigranes, a renvoyé toutes les copies du dernier ouvrage de Richard Millet, un auteur français qui ne laisse généralement pas indifférent, mais qui cette fois créé une véritable polémique, un profond malaise même.

Sous le titre « Langue fantôme – Éloge littéraire d'Anders Breivik », l'auteur se fend d'un pamphlet mettant en scène le tueur norvégien Anders Breivik et sa mortelle randonnée. Même s'il se défend d'approuver le geste de l'extrémiste, Richard Millet souligne que l'intéressé n'est pas fou mais symbolise « le signe désespéré, et désespérant, de la sous-estimation par l'Europe des ravages du multiculturalisme ». Et il enfonce le clou en écrivant que « dans cette décadence, Breivik est sans doute ce que méritait la Norvège, et ce qui attend nos sociétés qui ne cessent de s'aveugler pour mieux se renier ». Des propos et une démarche que n'accepte pas le libraire belge qui ne décolère pas. Pas question pour lui de vendre un tel livre « Le fait que Richard Millet est toujours éditeur chez Gallimard me fait froid dans le dos » commente-t-il. Il n'est pas le seul à réagir. Dans un article publié lundi dans le monde, l'écrivaine Annie Ernaux a lâché sa plume pour dénoncer ce qu'elle appelle « un pamphlet fasciste qui déshonore la littérature ».

Le propos de Richard Millet « exsude le mépris de l'humanité et fait l'apologie de la violence au prétexte d'examiner, sous le seul angle de leur beauté littéraire, les actes de celui qui a tué froidement 77 personnes » assène-t-elle en ajoutant qu'elle ne se laissera pas intimider par ceux qui brandissent sans arrêt la liberté d'expression et le droit des écrivains à tout dire.

Malgré un malaise perceptible chez Gallimard, troisième éditeur français, le patron des lieux est venu soutenir son auteur. Pour Antoine Gallimard, Richard Millet a le droit de s'exprimer, même si cela choque et qu'il désapprouve le fonds.

Publicité clickBoxBanner