Hergé ou la griffe du scoutisme

Christian Laporte Publié le - Mis à jour le

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En cette période de fête pour le scoutisme belge - le centenaire de la Fédération Les Scouts (ex-FSC) et les 25 ans du Centre historique belge du Scoutisme (voir en pages 12-13) - Philippe Goddin, grand "hergéologue" devant l’Eternel et Thierry Scaillet, l’historien belge du scoutisme ont sorti jeudi un passionnant "Hergé chez les scouts" qui rappelle combien le scoutisme fut "une expérience de vie de premier ordre" mais aussi une source d’inspiration récurrente dans l’œuvre d’Hergé et même déjà de Georges Rémi, "Renard Curieux" à... l’état-civil scout.

C’est en découvrant ensemble en 2007 les fresques scoutes que le grand dessinateur avait réalisées à l’Institut Saint-Boniface à Ixelles que les deux compères, issus eux aussi de cette réputée école bruxelloise, conçurent le dessein d’approfondir le passage de Georges Remi chez les scouts.

Il s’est mué sous la réalité d’un ouvrage largement illustré de dizaines de photos inédites qui raviront les passionnés du père de Tintin et papa de Totor, chef de patrouille des Hannetons. Hergé marqué par le scoutisme, c’est bien plus qu’une évidence. Et son immersion dans la galaxie scoute belge fut totale puisqu’avant de rejoindre la troupe de l’Institut, le jeune Georges Remi fit partie pendant deux ans de la troupe scoute neutre de l’école n° 11 d’Ixelles. Un passage qui le marqua déjà puisqu’il s’y ouvrit à l’univers des Peaux-Rouges alors que chez les catholiques, l’on mettait davantage en exergue les preux chevaliers. Hergé, sans verser dans le syncrétisme, intégra les uns et les autres dans sa fresque (en 1923), toujours présente sur place car sauvée par le fait béni de se trouver dans un débarras en attendant, qui sait?, une vraie (re)mise en valeur...

Mais Georges Remi devint surtout rapidement un illustrateur attitré et très apprécié des bulletins scouts. Il est vrai qu’il fut à la base à "Saint-Boni" d’un petit journal stencilé, le "Jamais assez!" qui l’amena à être remarqué par René Weverbergh, directeur du "Boy-Scout", l’organe mensuel de la FSC.

"Renard Curieux", s’il est le totem d’Hergé, ne le fut que dans une seconde phase: en fait, il avait hérité ce surnom pour avoir participé à une pièce de théâtre. Mais il n’en fut pas moins un vrai scout appréciant les valeurs de virile camaraderie et de vie saine dans la nature insufflées par Baden-Powell. Aussi l’ouvrage narre des voyages dans les Dolomites et dans les Pyrénées qui l’ont marqué au point de retourner sur place dans les mêmes conditions avec son épouse et un couple d’amis. A la dure, svp; c’est-à-dire sous la tente et en escaladant à pied les cols pyrénéens que les coureurs du Tour franchissent aujourd’hui à bicyclette. Mais l’aventure scoute ne se termina pas à la fin de sa rhéto... : attaché au service des abonnements du "XXe siècle", Remi resta scout et convainquit finalement l’abbé Wallez de le reprendre après son service militaire mais auprès de la rédaction cette fois.

Scout un jour, scout toujours: Tintin, entendez: Hergé le resta sans conteste tout au long de sa vie...

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