Ici Londres, capitale de la Belgique libre...

Christian Laporte Publié le - Mis à jour le

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Il y a quelques années, le Centre d'études et de documentation historiques de la Deuxième Guerre mondiale - devenu depuis lors le Centre Guerre et sociétés contemporaines - avait organisé un colloque à Oxford sur les "Belges de Londres". Accueillis au Balliol College par Martin Conway, le meilleur spécialiste du rexisme, José Gotovitch et son équipe y avaient réuni quelques témoins directs encore en vie afin de faire le point sur les recherches historiques sur les Belges qui avaient décidé de continuer le combat contre les Nazis de l'autre côté de la Manche.

Parmi les intervenants, une petite dame passionna l'auditoire par ses anecdotes mais aussi par son souci de donner des détails très précis sur certains événements. Si précis qu'elle devait les avoir vécus !

Pour cause : Tinou Dutry-Soinne, qui était arrivée dans la capitale britannique fin juin 1940 et qui travailla pour la BBC et pour le ministre Gutt, avait eu l'heureuse idée de consigner dans un journal les petits comme les grands événements de son existence. Aussi la joie de la naissance d'une petite Danielle y côtoyait une chronique de l'arrivée, de l'installation puis de l'action sur place des hommes politiques qui avaient opté pour les Alliés. Et à des petits faits du quotidien très personnel de Tinou Dutry succédaient des comptes rendus très instructifs sur la manière dont la Belgique résistante s'efforçait de préparer l'après-guerre. Son journal de guerre était d'autant plus prisé que l'on ne dispose guère de documents aussi élaborés. José Gotovitch lui suggéra donc de le publier. Fort bien mais celle qui devint plus tard présidente belge de l'Association des femmes chefs d'entreprise et qui occupa aussi de hautes fonctions dans ce secteur sur le plan international n'avait pas lésiné sur les efforts sur sa petite machine à écrire Hermes, voici plus de six décennies, et il était difficile de faire un choix dans ses impressions d'autant plus passionnantes que son époux, Armand Dutry, était, de son côté, le secrétaire de l'Office parlementaire belge.

INTÉGRALEMENT

Il fut finalement décidé de publier intégralement le journal mais aussi une impressionnante iconographie réunie par l'auteure qui donne encore plus de chair à cette épopée. Avec en sus une série de documents et d'extraits de presse qui resituent le contexte pour ceux qui seraient moins habitués à l'histoire belge de la Seconde Guerre. Le tout non pas en un livre mais en deux tomes. Le second, qui est paru récemment, comprend aussi des notes plus contemporaines, ce qui éclaire encore davantage la démarche. Enfin, Tinou Dutry-Soinne, trop modeste, a prétendu ne pas être une véritable écrivaine. Autant savoir : si le fond nous a passionné, la forme n'est pas en reste pour nous introduire dans les coulisses d'Eaton Square et autres lieux de la "Petite Belgique" londonienne...

Tout comme notre pays, la France a également éprouvé quelque peine à tourner la page de la collaboration. Depuis longtemps, cependant, la fiction d'une France unanimement résistante a du plomb dans l'aile. Après les travaux de Paxton, voilà que le grand spécialiste de la Seconde Guerre qu'est Jean-Paul Cointet vient de remettre les pendules à l'heure. Dans "Expier Vichy" paru aux Éditions Perrin, il établit, grâce à des archives inédites, que l'Épuration fut un phénomène social massif qui a bouleversé la France jusqu'en 1958...

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la première colonie étrangère en Normandie était... belge. Une conséquence de l'exil mais les liens entre notre pays et la Normandie sont séculaires : Isabelle Kaanen-Vandenbulcke retrace cette saga dans "Boulevard des Belges" (Racine). C'est aussi une réflexion sur l'émigration et l'assimilation...

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