L’entretien: Denise Bombardier

G.S. Publié le - Mis à jour le

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Répondant sans enthousiasme à l’invitation d’un professeur du Trinity College, Denise Bombardier se rend à Belfast un jour sombre de février. Elle ne peut savoir que le grand amour l’y attend, ce à plus de cinquante ans et alors qu’elle a cessé d’y croire. Sous couvert de romanesque, "L’Anglais" retrace la chronique de cet incroyable amour. Où l’on retrouve la verve, tantôt tendre, tantôt drôle, que l’on connaît de la journaliste et écrivain québécoise.

Qu’est-ce qui vous a poussée à raconter votre histoire ?

J’aurais voulu la lire moi-même. Je l’ai aussi écrite pour y croire, et pour retrouver l’émotion des débuts. Après sept/huit ans, même s’il n’y a pas de routine, j’ai voulu remonter à l’origine de ce sentiment amoureux. Comme je travaille beaucoup, l’action m’éloigne de la contemplation. Et pour vivre un amour comme celui-là, il faut se déposer quelque part.

L’écriture vous l’a permis…

Forcément, car je suis seule avec moi-même. Je trouve que, de nos jours, la désespérance amoureuse est terrible, omniprésente. Tant de gens sont dans la dérision, le cynisme, la crainte ou le déni, opposant le sentiment amoureux à une affirmation de la libération, de l’autonomie, de la liberté. Ces discours témoignent du malaise et de la peur de s’engager, qui est la peur de perdre le contrôle. Dans l’amour, il y a aussi la notion de la perte de temps, or tout le monde est obsédé par le temps.

Cet amour passé au filtre des mots, le voyez-vous désormais différemment ?

Non, parce que le livre est un roman. Ce n’est pas une photographie parfaite de la réalité, ce qui voudrait dire que je me serais dépouillée de moi-même. Je ne fais pas de littérature avec ma vie amoureuse. J’ai écrit un roman qui est une histoire d’amour très inspirée par la mienne, mais ma vie amoureuse est à l’abri de ce livre.

Cet amour vous a poussée à vous transformer, écrivez-vous. Auriez-vous pu imaginer que l’amour allait faire vaciller la féministe en vous ?

Il n’y a qu’en Europe qu’on me pose cette question ! Au Québec, personne ne pose le problème en ces termes. C’est dû à la perception qu’on a du féminisme ici. Au Québec, personne ne vous demande si vous êtes féministe. Tout le monde l’est, à partir du Premier ministre, sauf quelques imbéciles. Etre féministe, c’est accepter l’égalité entre hommes et femmes.

L’Anglais Denise Bombardier Robert Laffont 186 pp., env. 18 €

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