La promesse de l’Ouest

Geneviève Simon Publié le - Mis à jour le

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Eperdu de douleur après la mort de sa femme, qui se trouvait à bord de l’avion qui, un doux matin de septembre, a percuté la tour Nord du World Trade Center, Gil Castle va se muer en réfugié de l’étrange guerre née de cette tragédie. Homme d’affaires au faîte de sa carrière, il décide de tout quitter pour s’installer dans cet Ouest dont la "géographie fut toujours celle de la promesse, [le] paysage celui de l’espoir". Vivre dans la cabane autrefois construire par son grand-père "alors que l’Arizona n’était encore qu’un territoire" va lui permettre de recréer le lien avec ses ancêtres, son histoire familiale. Ainsi cet être meurtri par l’absence et par une Amérique prompte à effacer toute trace de douleur, qui a trouvé quelque consolation auprès des stoïques romains, dont Sénèque, va-t-il pouvoir tout simplement renouer avec la vie. Qui prendra un tour inattendu lorsque Gil découvre un clandestin mexicain, malheureux rescapé d’un deal de drogue qui s’est terminé dans le sang. S’ouvre alors sous ses yeux ébahis et un brin naïfs un monde insoupçonné, celui de ces hommes et de ces femmes qui traversent la frontière dans des conditions dantesques pour tenter leur chance aux Etats-Unis, celui de juteux trafics de drogues pour lesquels ces clandestins servent parfois d’appât.

Prix Pulitzer en 1972 pour une enquête sur une élection frauduleuse à Chicago, sa ville natale, Philip Caputo (né en 1941) livre avec "Clandestin" une fresque magistrale sur l’Amérique à travers le prisme de l’immigration clandestine depuis la frontière mexicaine. Ce chevronné de l’écriture y met des idées, du rythme, de la tension. Et s’il se révèle çà et là consensuel (n’oubliant ni l’amour, ni le patriotisme), il n’en interroge pas moins l’Amérique dans ses ambiguïtés, de l’exploitation des clandestins à l’occupation par ces derniers de territoires sciemment délaissés par les autochtones. Sans oublier la consommation de drogue qui, vue du Mexique, apparaît comme une arme de reconquête et de revanche. Remontant à la figure mythique que fut Benjamin Erskine, le grand-père de Gil, héros de la révolution mexicaine qui fut aussi shérif, Philip Caputo noue une trajectoire familiale aux sombres relents. Où, par-delà la frontière, code d’honneur et dernières paroles forgent les destins. A la tête d’un tout-puissant cartel mexicain, Yvonne Menéndez n’a qu’un but : venger son père. Les paysages féeriques de l’Ouest deviennent dès lors le théâtre d’un règlement de compte machiavélique.

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