Les esclaves sexuelles de Kadhafi

Jonas Legge Publié le - Mis à jour le

Livres

La pratique était connue. Pourtant, les rares bruissements qui osaient l'évoquer étaient aussi tôt rabroués par la peur. Car l'homme régnait en tyran, mettant à exécution le moindre désir.

Aujourd'hui, près d'un an après la mort de Mouammar Kadhafi, la journaliste du Monde Annick Cojean revient sur l'esclavage sexuel dont ont été victimes des centaines de jeunes filles sous l'ère du "Colonel". Dans son livre "Les proies. Dans le harem de Kadhafi" (Grasset), la reporter explique que des lycéennes, des soldats ou même des femmes de ministres, d'ambassadeurs ou de généraux ont été les victimes de la voracité sexuelle du "Guide", qui satisfaisait ses pulsions quatre fois par jour.

"Il ne pensait sérieusement qu’à ça. Il gouvernait, humiliait, asservissait et sanctionnait par le sexe", admet l’un des plus proches collaborateurs du dirigeant libyen.

La "touche magique"

Dans son enquête, Annick Cojean, titulaire du prix Albert Londres, s'attarde notamment sur l'histoire de Soraya. En avril 2004, cette lycéenne, alors âgée de 15 ans, est choisie pour remettre un bouquet de fleurs au chef de l'Etat en visite dans son école. Celui-ci la remercie en lui caressant la tête. Ce geste est loin d'être anodin. Il signifie "Je la veux". Dès le lendemain, trois femmes rendent visite à la mère de Soraya et repartent avec la fille. Celle-ci, après des tests sanguins prouvant qu'elle était "saine", sera violée et gardée enfermée dans la résidence de Bal al-Azizia.

C'est essentiellement dans ce palais de Tripoli que Kadhafi saoulait, droguait, et insultait ses victimes, tout en abusant d'elles.

Pour les débusquer, le tyran avait mis en place un véritable réseau de rabatteurs, à la tête duquel sévissait la maquerelle Mabrouka. Cette dernière tentait de répondre au mieux aux attentes de son maitre, en dégotant des jeunes filles vierges. Si une victime s'était révoltée ou avait dénoncé les faits, elle aurait risqué sa vie.

 Les "amazones", cette garde très rapprochée 

Certaines esclaves sexuelles suivaient également le dictateur dans ses déplacements.  Les "amazones ", que Kadhafi présentait comme sa garde rapprochée, rassemblaient notamment des militaires que le Colonel avait choisies au sein de l'académie militaire. "Kadhafi s’y servait à sa guise", dénonce, dans le livre, une femme officier.

Encore aujourd'hui, malgré la mort du dirigeant, qui régna quarante-deux ans sur le pays, ces femmes salies et souillées sont réduites au silence. Car, en Libye, dans de nombreuses familles, ces viols sont perçus comme une honte. "Les pères, frères, maris sont considérés comme des sous-hommes s’ils n’ont pu laver ce crime dans le sang", écrit Annick Cojean.

Les proies. Dans le harem de Kadhafi, Annick Cojean, Grasset, 19 €, 324 pages.

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