Les secrets de la pâtissière
- Publié le 24-01-2016 à 18h12

Jean-Claude Götting livre un nouveau polar dense et fort bien ficelé.Un homme est mort à Watertown. Une lourde étagère s'est écroulée sur le pauvre monsieur Clarke. Il était occupé à son plan de travail, dans la cuisine de la pâtisserie qui portait son nom.
Philip Whiting s'y rendait quasiment chaque jour. Le muffin qu'il savourait sur le chemin du bureau d'assurance qui l'emploie était aussi l'occasion d'échanger quelques mots avec Maggie, l'aimable vendeuse.
Une sorte de rituel quotidien qui s'achevait par un minuscule engagement, rassurant celui qui le prononce, pour l'avenir : "À demain, Maggie".
Sans doute un brin anesthésié par son train-train, Philip Whiting ne prêta pas attention à la réponse que lui adressa Maggie, la veille de cet événement qui secouait la petite ville du Massachusetts. "Non. Demain, je ne serai plus là", lui avait-elle dit en le regardant droit dans les yeux.
Il n'avait pas réagi mais ces mots lui semblaient désormais bien étranges. L'homme pour qui elle travaillait était mort depuis. Et même si rien n'indiquait qu'il s'agisse d'un meurtre, cette disparition soudaine était tout de même suspecte.
Luttant pour préserver l'image de femme idéale qu'il s'était construite à coup de "ce doit être une coïncidence", et de "Il doit exister une explication raisonnable", Philip Whiting finit par laisser cours à son instinct d'enquêteur d'assurances.
C'est qu'il a, à l'occasion d'une visite chez son frère, à l'autre bout de l'Etat, cru tomber sur Maggie. Cette brocanteuse avec qui il échangea quelques mots avant de lui acheter un vieil album de photos ressemblait à s'y méprendre à la pâtissière appréciée de tous mais à propos de qui l'on savait bien peu en fin de compte. Il se résout alors à rechercher qui donc était vraiment Maggie.
Jean-Claude Götting s'inscrit très volontiers dans la veine du roman noir américain. Son "Watertown" s'y sentirait d'ailleurs comme un poisson dans l'eau. Des personnages baignant dans le mystère, trop sages, trop polis, trop rangés pour se trouver à leur place. Des identités et des relations de façade que viennent lézarder quelques réminiscences d'un passé bien plus trouble, voire carrément agité. Des naturels étouffés par les convenances de la vie en société.
Le trait épais qu'il utilise restitue à merveille l'ambiance pesante que diffuse son récit et c'est donc sans surprise que ce dernier est axé autour de ressorts psychologiques et non sur l'action et/ou la violence. On y trouve même cette envie de revenir quelques pages en arrière pour repérer un indice qui serait passé inaperçu lors de la première lecture. Bref, du tout bon polar.
Gilles Milecan
Watertown Jean-Claude Götting Casterman 90 pp., env. 18 €