Peut-on encore croire en Dieu dans un monde qui va si mal ?

Eric de Bellefroid Publié le - Mis à jour le

Livres

Psychanalyste et psychiatre spécialisé dans l’adolescence, le Pr Philippe van Meerbeeck (UCL) aspirait depuis longtemps à réaliser un vieux rêve : dispenser à de grands adolescents le cours de religion qu’il eût aimé lui-même recevoir à l’âge de 16 ou 17 ans. Postulant ainsi que Dieu est logé dans l’inconscient, il s’acquitte de sa démonstration avec tout l’enthousiasme de ses convictions.

Trop souvent confronté à l’insoutenable échec du suicide des jeunes, qu’il attribue dans la plupart des cas aux infortunes amoureuses, l’analyste freudien, formé aussi à l’école de Lacan, parcourt le monde kamikaze d’aujourd’hui - que Marcel Gauchet, à la suite de Max Weber, décrit comme fondamentalement désenchanté - au départ de l’épopée judéo-chrétienne. Sur les pas de Jésus de Nazareth (ci-dessus, Ted Neeley dans "Jesus Christ Superstar", 1973), en compagnie de saint Paul et des apôtres, à la lumière des évangélistes.

Le livre que voici tend donc à lier la question de Dieu à l’adolescence. Parce que l’âge adulte, souligne l’auteur, consiste en un triple deuil du Dieu de l’enfance, de l’idéalisation des parents et de la bisexualité. Il se concentre de surcroît sur le christianisme, "car c’est la religion de la sortie de la religion".

Freud, qui avait réduit le fait religieux à une sorte de névrose universelle, avait surtout découvert que l’homme n’était pas commandé par le libre arbitre, ni par la raison raisonnante. "Je", décidément, est un autre. Or, cette altérité est au cœur de l’homme lui-même en son inconscient. Je, Tu, Il : on entre de plain-pied dans la dynamique trinitaire, dans l’inévitable géométrie de la triangulation.

Lacan disait : "Quand on tente de parler à l’autre, on ne sait pas ce qu’on dit à quelqu’un qui ne sait pas ce qu’il entend". C’est là le jeu du langage, du verbe, de la parole; ce tiers inhérent à tout inconscient. Et Philippe van Meerbeeck de préciser : "C’est pour cela que Dieu est inconscient. Il n’y a pas d’inconscient humain qui ne soit pas de structure trinitaire. Le petit d’homme est venu au monde baignant dans le langage. L’inconscient est construit à partir de métaphores et de métonymies que l’on retrouve dans le rêve, dans le lapsus, l’acte manqué et le symptôme".

Dans ce monde inquiétant, où décline la fonction paternelle, il n’y a plus de tiercité. Dès lors, plus que jamais, le devenir de soi passe par l’événement amoureux. Aller vers l’autre, l’autre que je suis pour moi-même, et l’autre que je rencontre.

Dieu est-il inconscient ? L’adolescent et la question de Dieu Philippe van Meerbeeck De Boeck, coll. "Oxalis" 207 pp., env. 28 €

Publicité clickBoxBanner