Pour son Roi et pour la liberté

Christian Laporte Publié le - Mis à jour le

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Avocat au Barreau de Liège, Henri Moreau de Melen se trouvait en première ligne des combats le 28 mai 1940 lorsque l’armée belge fut contrainte de capituler. Il allait passer cinq ans en détention en Allemagne, notamment au camp de Prenzlau. En rentrant à Bruxelles, il apprit avec stupéfaction que le Parti socialiste réclamait l’abdication du roi Léopold III. Il s’engagea dès lors directement dans le combat politique demandant le retour du souverain en Belgique.

Cinq ans plus tard, ulcéré par l’issue de la Question royale, et alors qu’il était ministre de la Défense, Moreau de Melen décidait de s’engager dans le corps des volontaires belges pour aller se battre en Corée.

Une personnalité pour le moins trempée donc que la sienne, qui se retrouva aussi aux côtés, notamment, de Pierre Harmel pour jeter les bases du Parti social chrétien à la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce qui l’amena d’abord au Sénat puis au gouvernement au début des années 1950.

Pour le plus grand bonheur des amateurs de l’évolution de la Belgique et celui des historiens, l’homme qui avait une belle plume n’avait décidé de coucher sur papier ses souvenirs que parce qu’il avait été "mêlé à des événements importants sur lesquels la lumière n’a pas été faite ou qui ont été déformés de manière tendancieuse". Nous sommes au début des années 1980 : le roi Léopold III vit toujours à Argenteuil et, à ce moment, l’on ne sait pas encore que sa veuve, la princesse Lilian, sortira vingt ans plus tard "Pour l’Histoire" destiné à éclairer "quelques épisodes de (son) règne"

Un des grands thèmes des Mémoires de Moreau seront précisément les grands épisodes de la Question royale où il fut souvent témoin, parfois acteur. Et dans ce dernier cas, de première ligne puisqu’il participa notamment au dramatique dénouement de la fin juillet, début août 1950 lorsque, ministre, il assista à l’effacement forcé du troisième Roi des Belges.

Sur cet événement comme sur d’autres, c’est certes "son" point de vue, sa vision des choses mais elle donne un éclairage tout particulier au débat et, en même temps, il réplique à Jean Stengers (ULB) qui serait en fait indirectement à la base de la réponse de Léopold III avec son "Aux origines de la Question royale, Leopold III et son gouvernement" paru en 1980 ainsi qu’à divers autres ouvrages publiés à la même époque.

L’intérêt des Mémoires d’Henri Moreau de Melen réside aussi dans son récit de ce qui a directement suivi l’abdication de Leopold III : comme ministre et parlementaire PSC, il vécut de fait de l’intérieur la crise traversée alors par ce parti divisé entre ceux qui voulaient garder le Roi sur le trône et ceux qui avaient éxigé son retrait.

Des pages intéressantes tout comme celles consacrées à la guerre de Corée où il s’engagea aux côtés des Alliés au sein du Corps de volontaires belges. Vu avec près de 60 ans de recul, l’on imaginerait que Moreau de Melen s’y était rendu par anticommunisme primaire. Il n’en est rien : il rappelle, par exemple, qu’interpellé sur place par des correspondants de guerre américains, il leur avait répondu qu’il n’était nullement là pour participer à une croisade anticommuniste mais qu’il s’était engagé "non pas contre un pays, quel que fût son régime, mais pour la liberté d’un peuple". Ce qui, soit dit en passant, nous fut rappelé personnellement sur place lors du 50e anniversaire de la guerre par d’autres volontaires belges.

L’on lira avec passion ces Mémoires pour leur éclairage sur la politique mais aussi sur la société belge de l’après-guerre. Près de 500 pages qui se dévorent aussi pour leurs anecdotes originales. Grâce soit quand même rendue à la fin de ce papier à celui qui a permis l’édition vraiment publique de l’ouvrage : l’historien Thierry Grosbois, auteur notamment de la biographie d’Hubert Pierlot. Sans lui, seuls les initiés auraient eu accès à des Mémoires que ce ministre hors normes destinait avec la simplicité et le sens de l’Etat qui le caractérisaient à ses seuls proches

Mémoires de Leopold III à la Corée Présenté par Thierry Grosbois Editions Racine 480 pp.

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