Quand la crise accentue les discordes
Donal Ryan prend le pouls humain du désordre sociétal actuel.
- Publié le 02-04-2015 à 12h22
- Mis à jour le 07-04-2015 à 09h28

Donal Ryan prend le pouls humain du désordre sociétal actuel.C'est auréolé du statut de "meilleur livre de l'année" en Irlande, mais également après avoir été finaliste du Man Booker Prize et lauréat du Guardian First Book Award en Grande-Bretagne que "Le cœur qui tourne" ("The Spinning Heart") de Donal Ryan est proposé en traduction française. Œuvre chorale, ce premier roman s'articule sur vingt-et-un narrateurs qui se succèdent alors que le temps passe et que la trame avance. Tous vivent dans une petite communauté irlandaise secouée par la crise. La principale entreprise locale, qui ambitionnait de construire un lotissement chic et attractif, a fait faillite, plongeant dans la détresse plusieurs familles.
Donal Ryan fait plus et mieux que de dénoncer une réalité sociale à travers ses statuts précaires, ses normes bafouées et ses travailleurs immigrés abusés : c'est tout un microcosme qu'il dépeint, les rancœurs qui empoisonnent, les jalousies qui serpentent, les rumeurs qui enflent. Il dépeint aussi la violence (surtout à l'égard des femmes et des enfants), les rêves brisés, les drames privés, les désordres mentaux, les préjugés tenaces, les fragilités émotionnelles. Mais également quelques lueurs d'espoir, symbolisées par un cœur rouillé qui grince dans le vent, suspendu à la porte de la maison où Bobby Mahon a grandi. Cet homme est la figure centrale du roman, et le portrait que Donal Ryan en dresse se construit habilement de pages en pages, d'un point de vue à l'autre. Il était le contremaître de la société dissoute, redouté par certains, respecté par d'autres. Après la fuite du patron, c'est sur lui que s'est cristallisée la colère et la rancœur de tous. Participant à un faisceau de relations complexes, le plus souvent malmenées, cette poignée d'hommes et de femmes affronte la réalité en s'interrogeant : "sommes-nous toujours les mêmes ?" Un premier roman qui augure du meilleur.Geneviève Simon
"Le cœur qui tourne", Donal Ryan traduit de l'anglais (Irlande) par Marina Boraso, Albin Michel, 211 pp., env. 18 €