Médias/Télé

Quel point commun entre Roger Federer, Albert Einstein, et Alain Destexhe? Tous les trois ont été des éléments de questions lors de l'épreuve de sélection de journalistes organisée par la RTBF.

Malgré les récentes critiques essuyées par la télévision du service public sur son projet éditorial (via la revue «Politique»), le pouvoir d'attraction de la tour Reyers semble intact auprès des professionnels de l'information. En effet, ce samedi 23 avril, pas moins de 524 journalistes diplômés ont passé la première épreuve du concours ertébéen et pour accueillir, trois auditoires ont dû être mobilisés: deux à Louvain-la-Neuve et un à Bruxelles.

Dès 14 heures, de nombreux candidats s'amassent devant l'auditoire Janson de l'ULB. La plupart viennent à peine de quitter les bancs de l'école, mais des journalistes aguerris tentent aussi leur chance. « Je viens voir comment cela se passe, mais je ne me suis pas particulièrement préparée», explique cette journaliste d'une télévision régionale. D'autres, comme Benoît, sorti de l'IHECS en 1997, ont par contre préparé le rendez-vous: histoire de la Belgique, Congo, Europe, institutions internationales, tout y est passé.

Rituels immuables des passages d'examens, des rumeurs circulent également - « la RTBF organise aussi des concours en France et en Afrique!» - et des pronostics sont avancés: la Belgique institutionnelle remporte la palme des sujets attendus, inévitablement.

Ton sérieux

Les portes de l'auditoire s'ouvrent à 14h30. Le temps de vérifier l'identité de chacun, la dernière personne entre à 15 heures. Quinze employés de la RTBF, dont la journaliste Françoise Palange, surveilleront les candidats. La RTBF entend donner un ton sérieux, voire rigoureux à l'épreuve. L'usage du GSM ou de tout document autre que les feuilles d'examen entraîne l'annulation de l'épreuve. Dernière touche pour faire monter la pression, les responsables des trois auditoires à LLN et Bruxelles veillent à distribuer au même moment les examens. Dans un souci d'équité nous explique-t-on, sans rire.

Les copies arrivent sous les yeux des candidats. Cent questions à choix multiples, et nonante minutes pour y répondre. Une ou plusieurs bonnes réponses par question sur des sujets variés. Très variés. «Qui a écrit Da Vinci Code?» «Quelles sont les revendications flamandes sur BHV?» «Le critère majeur pour bénéficier de l'Objectif N° 1?» «Beliris c'est quoi?» «Et Augustin Dumay, c'est qui?»

A travers ce questionnaire, il est bien difficile de deviner le profil recherché des prochains journalistes de la RTBF. «Nous espérons des lauréats qui présenteront une certaine culture du passé tout en étant des gens qui vivent dans leur époque», répond Yves Thiran, directeur de l'information et de l'éthique, et président du jury de sélection. «Des questions qui abordent la littérature classique mais aussi la télévision numérique terrestre permettent de déceler une vaste gamme de centres d'intérêt chez le candidat.»

Pour réaliser le questionnaire, Yves Thiran a demandé à chaque membre du jury (une douzaine de personnes issues de la hiérarchie RTBF en TV et radio ainsi que du département des ressources humaines) de remettre vingt questions. Elles ont été classées en rubriques (Belgique, international, culture, média, sport, etc.) et le pourcentage octroyé intuitivement par le jury à chacune de ces catégories a servi de clé de répartition pour ramener le nombre de questions à cent. Le thème «Belgique» arrive évidemment en tête, devant l'international. Dans le deuxième peloton, la culture dépasse d'une tête les médias et le sport.

Questions d'actualité

Les questions d'actualité pure prennent largement le pas sur des questions plus structurelles ou institutionnelles? N'est-il pourtant pas plus utile pour un journaliste de connaître le fonctionnement d'une cour d'assises plutôt que le nom des trois avocats de Dutroux? «Certainement, mais outre la volonté d'ancrer le questionnaire dans l'époque, car nous ne recherchons pas des connaissances encyclopédiques, il est difficile de trouver et de formuler de bonnes questions sur les structures dans un choix multiple. On revient vite aux mêmes questions».17 heures. Le concours prend fin, les copies sont ramassées. Peu de monde pavoise à la sortie, professionnel expérimenté comme dernier arrivé sur le marché de l'emploi. C'est le grand mérite de l'épreuve, tout le monde est sur le même pied... Un journaliste de la presse écrite soupire: «De prime abord, cela avait l'air facile. Mais avec le choix multiple, cela complique rapidement la donne. J'ai répondu avec certitude à un tiers des questions, un autre tiers est de l'à-peu-près, et le dernier tiers est au pif...»

Cinq jeunes licenciés de l'université de Liège se repassent les questions. Et comme il est de bon ton, aucun ne croit en ses chances: «J'imaginais que ce serait plus rude », déclare pourtant l'un d'eux. «Mais ce qui reste difficile, c'est de terminer dans les premiers!» Benoît n'est pas plus rassuré: «Si je suis dans les 150 premiers, ce sera une bonne surprise. J'ai au moins tapé dix réponses au hasard». Patience. «Pour la fin de cette semaine, j'espère pouvoir envoyer un message aux lauréats», annonce Yves Thiran.

© La Libre Belgique 2005