Médias/Télé

Le 23 septembre 1957, Jean-Claude Mennessier lançait l’Opération 48.81.00 à la radio. 60 ans plus tard, Cap48 vient toujours en aide aux personnes handicapées et aux jeunes en difficulté en Wallonie et à Bruxelles. Si l’opération a changé de nom, sa philosophie et sa détermination demeurent. Soixante ans, ce sont 3 473 projets aidés et des dizaines de milliers de vies transformées : celles des proches directement impliqués dans la lutte contre la maladie ou le handicap.

Au fil du temps, ceux-ci rêvent de mettre en place les outils menant vers plus d’autonomie. Chaque année, Cap48 s’en fait l’écho avec des aides à domicile, des aides à la mobilité, des accès plus aisés à la culture et aux loisirs. Pour qu’enfin les personnes handicapées puissent vivre leur vie le plus souvent possible "comme les autres".

Au-delà des outils, il importe aussi de changer de regard sur le handicap et ceux qui en sont porteurs. C’est à ce changement de mentalité que s’emploie une série courte comme

"Vestiaires", lancée en 2011 sur France 2. C’est aussi le thème de la campagne 2017 de la RTBF qui propose ce dimanche "Mon chien ce héros", reportage sur de précieux auxiliaires de vie.

Suivant les traces du "Huitième jour" de Jaco Van Dormael, on pourra bientôt découvrir la série "Comme les autres", qui met en avant un casting composé pour une bonne part d’acteurs trisomiques. Actuellement en préparation, elle est adaptée de la formidable série flamande "Tytgat chocolat". Lancée dimanche dernier, celle-ci réalise un carton sur les antennes de la VRT avec 935 000 téléspectateurs au rendez-vous…. La preuve qu’il suffit parfois de faire confiance au talent. Ce que démontrera aussi, le 5 octobre à 20h30 sur La Une, "Mention particulière" avec la formidable Maria Del Zotto, mini-série primée au Festival de la Fiction TV de La Rochelle. Et, cette fois, vous n’oublierez pas le regard porté par la jeune fille sur le monde qui l’entoure…

© Aurore Marechal/abacapress.com
(De gauche à droite) Maira Schmitt, Helene de Fougerolles, Clemence Joneau, Marie del Zotto et Bruno Salomone: l'équipe de "Mention particulière" , fiction primée au dernier Festival de la fiction TV de La Rochelle.


Le chien, compagnon pour dépasser les difficultés de vie en société

On sait que e chien peut améliorer la vie de personnes souffrant d’un handicap physique ou mental. Mais saviez-vous que bien choisi et dressé, un chien abandonné peut devenir un héros pour son maître en difficultés ? Entretien.

Le lien entre le chien et l’homme est unique. L’animal peut sentir les émotions de son maître, y réagir et lui être fidèle toute sa vie. Pour certains duos, le lien est encore plus fort. La nouvelle émission de la RTBF, "Mon chien, ce héros : destins croisés"** (dimanche, à 20h50 sur La Une), le démontre de manière intime et positive. Grâce à l’expérience développée dans le cadre de Cap48, quatre chiens abandonnés dans un refuge trouvent un foyer chez une personne handicapée. Avant cela, les chiens doivent travailler avec deux dresseurs expérimentés pour répondre aux besoins de leur futur maître. Ysé Matussière, reconvertie dans l’éducation canine et la zoothérapie, a préparé Rocky et Cali durant plusieurs semaines. "Le plus délicat, c’était de bien sélectionner et éduquer le chien pour qu’il soit adapté au handicap du futur maître. C’est primordial de le connaître, de sympathiser avec lui, savoir ce qu’il attend du chien", nous explique Ysé Matussière.

Intégration et confiance en soi

Rocky accompagnera Arsène, 48 ans, au quotidien. Ses besoins sont importants puisqu’il souffre d’une polyarthrite chronique évolutive. Outre l’aide concrète d’un chien par rapport à ses difficultés physiques, il lui sera d’un réconfort social évident. La dresseuse découvrira pourtant que le choix initial de l’animal ne s’avère pas concluant, Rocky étant trop dynamique pour convenir à Arsène. Mais elle n’a pas dit son dernier mot…

Parallèlement à ce duo, on découvre la rencontre entre Corentin, souffrant de dyspraxie, et Kiwi, le labrador dressé par Gaëtan Doppagne. Le second reportage, diffusé le 1er octobre à la même heure, suivra l’aventure de deux autres nouveaux compagnons de vie.

Grâce à cette expérience, inspirée d’un concept de Channel 4, le téléspectateur découvre des destins croisés touchants, avec des défaites et de grands succès. Chaque personne handicapée livre ses émotions sans retenue et les dresseurs retracent les étapes jusqu’à la vie commune. Pour les participants, l’arrivée d’un chien dans leur quotidien est bouleversante.

"La personne handicapée est souvent isolée et stigmatisée. Le chien permet de tisser un lien social avec l’extérieur, d’engager la conversation plus facilement. Cela fait oublier le handicap. C’est positif pour la socialisation de la personne", analyse l’éducatrice canine. Ces citoyens qui luttent courageusement pour s’intégrer retrouvent également confiance en eux. "Non seulement le chien leur apporte un réconfort mais il responsabilise ces personnes. On s’est occupé d’eux toute leur vie, maintenant ils ont la chance de renverser les rôles. Cela offre une motivation qu’ils n’avaient pas avant", complète Ysé Matussière.

Changer le regard

Cette expérience, menée pour la première fois en Belgique, démontre qu’à force d’entraînements et de bonne volonté, des chiens abandonnés (ils sont 25 000 par an) et des personnes en difficultés peuvent se sauver mutuellement. "Les deux jouent un rôle actif dans cette relation au-delà du fait d’être des héros l’un pour l’autre", constate Ysé Matussière. Avec pour toile de fond le lancement de la campagne 2017 de Cap48, l’émission de la RTBF a vocation à changer le regard sur le handicap et à faire connaître les associations qui éduquent les "chiens de famille améliorés." Elle montre aussi comment la présence d’un chien peut être la thérapie idéale pour les plus isolés. Ce programme familial qui ne parle pas qu’aux amoureux des chiens, est une manière originale d’aller à la rencontre des personnes handicapées.


© FTV - CCSP Studio

Vestiaires: "Au-delà du rire, cette série a un côté militant"

France 2 diffuse 48 nouveaux épisodes de 2 minutes 30 de "Vestiaires", le vendredi et le samedi, à 20h45. Adda Abdelli, son co-créateur, rappelle son ambition. Entretien.

C’est la première fois que France 2 attribue une programmation fixe à la série courte "Vestiaires" (saison 7) hors de toute référence au handicap. "Le fait que la série n’ait pas besoin d’un prétexte, comme les Jeux paralympiques ou la semaine du handicap, pour être intégrée dans la grille, signifie qu’avant de voir le handicap, on voit des comédiens, des situations drôles", se réjouit Adda Abdelli, co-créateur de la série avec Fabrice Chanut, champion de natation handisport.

Quelle était l’idée de départ ?

Nous nous entraînions dans le même club de natation handisport à Marseille. Fabrice venait du cinéma, moi du théâtre, et nous avons eu l’illumination, un mardi soir dans les vestiaires, de raconter ce qui s’y passait. On vit tout ce qui nous arrive sous le prisme du handicap, et il y a toujours un truc marrant qui nous saute aux yeux et qu’on a envie de raconter.

Vous mettez en scène des personnages dont on oublie le handicap, et si vous en parlez, c’est avec de l’humour et de l’autodérision.

Nous étions surtout motivés par le fait d’écrire quelque chose qui nous fasse rire, qui nous permette de prendre du recul par rapport à la vie et au handicap. En se plaçant dans la peau d’observateurs, il nous est apparu extraordinaire de voir ces gens, avec des handicaps très lourds, être emportés par le quotidien. Ils rient, et vivent leur vie normalement. Une phrase résume notre état d’esprit : "le handicap, on l’assume, cela ne veut pas dire qu’on l’accepte." Soit vous laissez le handicap mener votre vie, soit c’est vous qui la menez.

Ces histoires courtes sont-elles une manière de faire du handicap une force ?

J’ai écrit un livre, sorti en janvier chez Michel Lafon : "Comme sur des roulettes. Et si mon handicap était ma force ?" Tout ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort. Mais ce n’est pas donné à tous. C’est une chance qu’on a d’avoir réagi comme on le fait, comme l’athlète Philippe Croizon et tous ces gens qui ont traversé une période difficile et se reconstruisent. Beaucoup, malheureusement, sont happés par leur handicap. Certains personnages sont le reflet de personnes qui le vivent très mal ou sont dans le déni.

Avez-vous le sentiment que le regard sur le handicap évolue dans l’espace médiatique ?

Quand j’ai démarré avec mon one man show au début des années 90, "Les quelques maux de moi", les directeurs de théâtre me disaient que les gens n’étaient pas prêts à rire avec le handicap. Aujourd’hui, il y a beaucoup d’humoristes handicapés, il y a eu le succès d’"Intouchables", et quand on pense à Mimie Mathy, on pense d’abord à la comédienne avant de voir une personne de petite taille. Cela ne fait que quelques années que Roschdy Zem ou Djamel Debbouze interprètent à l’écran des Pierre ou des Bernard. De même, les gens regardent les Jeux paralympiques comme les compétitions des valides. Au-delà du rire, cette série a un côté militant. Le but est d’être présents physiquement pour qu’on s’habitue à voir des gens différents. Passer à 20h45 sur France 2 peut y contribuer.