Médias/Télé

Surprise. Le gouvernement de la Communauté française a inscrit à son ordre du jour de jeudi prochain, l'agréation d'une nouvelle chaîne généraliste de télévision privée en Communauté française, à côté de RTL-TVI. Un dossier curieux qui date de 1995, qui a connu de nombreux détours et semble aujourd'hui en passe d'aboutir. Le ministre de l'Audiovisuel, Richard Miller, que nous avons contacté, dit d'ailleurs ne pas voir ce qui pourrait encore empêcher cette agréation car les initiateurs de cette chaîne ont répondu, selon lui, à toutes les objections légales.

La chaîne s'appelle pour l'instant: «Y-TV» (pour «Young television»). Elle est portée par la société anonyme «Youth Channel Television», au capital provisoire de cent millions et avec comme actionnaires: «Médiafi», représenté par André Kemeny et Xavier Debatty, venus tous deux du secteur de la consultance audiovisuelle (ils ont pour client Europe 1 communication) et «Jeebee media» représenté par Joël Buchet, venant lui de l'industrie du chauffage et en quête de diversification. Ils ont ont introduit le dossier, dès septembre 1995. Ils veulent faire une chaîne généraliste (et pas une thématique!) mais avec comme cible principale les jeunes de moins de 35 ans. La chaîne proposera un Journal télévisé quotidien (sans doute de vingt minutes), des films, des reportages, des téléfilms, du divertissement, etc.

«Dans les autres pays qui nous entourent, explique André Kemeny, il y a au moins deux opérateurs privés, dont chaque fois, l'un des deux cible davantage les plus jeunes. Chez nous d'autre part, on voit que pour la RTBF et TVI, les jeunes de moins de trente-cinq ans ne sont pas prioritaires. Nous avons donc une cible potentielle. Et nous avons d'autre part des possibilités financières quand on voit que le marché publicitaire s'est fortement accru ces dernières années et que cela va continuer.»

LES OBJECTIONS RENCONTRÉES

Le dossier «Y-TV» a été instruit plusieurs fois par le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), et les ministres successifs. Plusieurs objections avaient été présentées. Le CSA estimait ainsi que la chaîne ne pouvait pas être «must carry», c'est-à-dire être transportée obligatoirement par tous les télédistributeurs car elle serait en réalité une chaîne thématique axée sur les jeunes. «Mais , constate Richard Miller, ils ont répondu sur base d'une note du constitutionnaliste Francis Delpérée et selon ce dernier, ils doivent bien être reconnus comme généraliste. Nous avons fait aussi les vérifications économiques, analysé s'ils pouvaient bien répondre aux exigences de l'agréation 0. Ils doivent en effet accepter les mêmes conditions (proportionnelles au chiffre d'affaires) que celles qui ont été imposées à RTL-TVI dans le décret de 1987. Ce sont des investisseurs belges, des capitaux belges. Ils annoncent qu'ils vont créer directement 50 emplois, dont 30 de journalistes, qu'ils vont facturer au moins 35 millions de francs pour des prestataires de services en communauté, faire des coproductions, de l'aide au cinéma, affecter des sommes à l'aide compensatoire à la presse, etc. Je soumets ce point au conseil des ministres, conclut Richard Miller, en constatant que le dossier a franchi tous les obstacles et que les promoteurs ont répondu à toutes les objections du CSA. On ne peut plus laisser ce projet dans les tiroirs.» Mais ce n'est pas pour cela, qu'il sera nécessairement accepté! Les promoteurs annoncent qu'ils pourraient être prêts avec leur chaîne 6 mois après l'agréation. Le capital serait rapidement augmenté pour permettre un budget annuel initial de 400 millions. Bien entendu, du côté de RTL-TVI, on devrait craindre que ce nouveau venu ne perturbe très dangereusement l'équilibre audiovisuel et le marché publicitaire.

© La Libre Belgique 2001