Médias/Télé

La télévision souffre quand, pour traiter d’un sujet, elle manque d’images. C’est le cas du portrait d’André Renard diffusé ce soir dans le cadre de l’émission d’Hadja Lahbib "Quai des Belges". On dispose, certes, des actualités d’époque - grâce en soit rendue aux archives de Belgavox et de la RTBF - quand il s’agit d’illustrer la Libération, les manifestations de la question royale ou les grèves de l’hiver 60-61. Mais bien rares y sont les apparitions du leader syndical et fondateur du Mouvement populaire wallon (MPW). Les caméras ne le saisissent que furtivement, le plus volontiers haranguant la foule à la tribune. Rien d’intimiste, rien de l’homme privé : on savait encore, à cette époque, s’effacer totalement derrière ce qu’on jugeait être sa mission.

Ce handicap relevé, le documentaire de Jérôme Laffont et Daniel Petry ne manque pas de mérites pour avoir su, tout à la fois, éclairer l’itinéraire du personnage et son ascendant exceptionnel, tout en faisant ressortir ses contradictions. Même si la plupart des sources et bien des travaux consacrés au meneur liégeois (d’adoption, il était né à Valenciennes) sont largement hagiographiques, rien n’est ici caché du manœuvrier qui, après avoir laissé les débrayages contre la loi unique partir sans lui, les récupéra ensuite, avec une habileté à faire pâlir l’auteur du "Prince", au profit de l’idée fédéraliste wallonne qu’il tentait en vain, depuis des années, de faire prévaloir dans les hautes instances de la FGTB.

On entendra, dans l’émission, l’ancien député et bourgmestre de Seraing Gaston Onkelinx (le père de Laurette), alors délégué syndical, expliquer le rôle moteur des éléments communistes dans le lancement des grèves. La destruction de la gare des Guillemins, après un meeting place Saint-Paul à Liège, ne résulta pas davantage d’un mot d’ordre d’André Renard. "C’était des casseurs classiques", explique le même témoin.

Ainsi verra-t-on deux narrations bien différentes se superposer : celle des combats de rue, affichant l’unanimité déterminée, et celle des intrigues nouées entre les tendances qui cherchent à s’assurer le contrôle de l’appareil syndical. La FGTB et le PS se déchirent entre les tenants de l’unité prolétaire, "du docker anversois au sidérurgiste borin", et ceux du régionalisme voulu pour réaliser, à l’échelle wallonne, la prise de pouvoir et les "réformes de structures" rendues impossibles au plan national par la "domination cléricale flamande". A propos desdites réformes, regrettons que le documentaire ne fasse nulle mention de l’intérêt d’André Renard pour la Yougoslavie de Tito, où les structures autogestionnaires étaient, en réalité, des rouages de transmission du parti unique

Rediffusion dimanche 27 février sur La deux.

P. V.