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Correspondante à paris >Face caméra, Annie Girardot récite des mots que l'on a écrits pour elle dans une ultime scène de fiction. "Je vous aime et je vous quitte un peu". Ces mots, soufflés dans une oreillette comme à chaque tournage depuis qu'elle est atteinte de la maladie d'Alzheimer, semblent les siens. La scène est touchante. Sans doute la plus belle du documentaire que Nicolas Baulieu lui consacre, pour TF1, Annie Girardot. Ainsi va la vie H, programmé à l'occasion de la Journée mondiale Alzheimer. Au moment où ces images sont tournées, la comédienne n'a pas encore été placée en maison médicalisée. Pendant huit mois, le réalisateur (auteur déjà d'"Annie Girardot, comme au cinéma" en 2004) a pu suivre Annie Girardot dans ses dernières semaines de travail et dans son intimité. "Ce film fut particulièrement difficile à faire émotionnellement. J'ai bénéficié d'une liberté presque pesante. J'étais heureux de le faire et cela me faisait de la peine", nous confie Nicolas Baulieu.

Limite

Louvoyant entre l'hommage à la comédienne et la chronique de son déclin, ce documentaire souffre de l'omniprésence d'un commentaire trop appuyé, dit par Claire Keim. Prenons cette séquence dans laquelle une dizaine de personnalités du cinéma français réunies par Muriel Robin (Alain Delon, Jean-Pierre Marielle...) fêtent les 75 ans d'Annie Girardot. Chaque geste d'affection, chaque regard est décrit avec force lyrisme, le commentaire venant se juxtaposer à l'image, suffisamment éloquente. Pas de doute, on est bien dans le registre de l'émotionnel, même si Nicolas Baulieu se défend, à juste titre, de tout sensationnalisme. "Nous avons eu de longues discussions au montage. Je ne savais plus ce qui était montrable ou pas. Ce sont des gens qui n'avaient rien à voir avec le tournage qui ont fixé la limite, en me disant ce qui était regardable." Preuve de sa bonne foi, le réalisateur a décidé d'arrêter le tournage au cours d'une séquence, place des Vosges, à Paris, dans ce quartier où vécut la comédienne. Annie Girardot n'est qu'à quelques mètres de l'équipe qui la suit depuis des semaines. Elle est perdue. Elle se sent abandonnée, interpelle des touristes qui tentent de la rassurer. "Tout ce qui viendrait après ne pouvait que verser dans le voyeurisme vulgaire et mal placé", insiste le documentariste.

Une réalité plus violente

Valéra Babaryka a accompagné Annie Girardot au quotidien durant près de 5 ans. S'il estime qu'il est "important de montrer ce film pour les familles qui vivent avec des gens atteints de cette maladie", il n'est pas avare de critiques. "Je m'attendais à ce que l'on montre plus de choses de cette maladie. La réalité était beaucoup plus violente que ce que l'on voit à l'écran. Le film ne montre pas les moments de dépression quand Annie ne travaille pas. Pas mal de gens lui ont tourné le dos". Amer, Valéra Babaryka a du mal à avaler la présence dans le documentaire d'artistes "qui voulaient se faire prendre en photo avec Annie, alors qu'on ne les voyait jamais au quotidien. Ils n'appelaient même pas pour demander de ses nouvelles ! A Paris, ses 75 ans ont été fêtés par une dizaine de personnalités. En Russie, où Annie a tourné son dernier rôle pour la télévision, ce qui n'apparaît d'ailleurs pas dans le documentaire, 1 200 personnes se sont réunies pour la fêter..."