Arnault attaque Libé pour sa "Une" choc

Rédaction web Publié le - Mis à jour le

Médias/Télé

C'est la polémique du week-end outre-Quiévrain et c'est La Libre qui l'a lancée. Bernard Arnault, le patron de LVMH, qui est l'homme le plus riche de France, a introduit une demande à la commission des naturalisations pour devenir belge.

Cette information a évidemment fait grincer des dents à travers l'Hexagone où les réactions des politiques ont été nombreuses et rapides. Le président français François Hollande, qui était l'invité du JT de 20 heures de TF1 est revenu sur la polémique en déclarant que Bernard Arnault "aurait dû bien mesurer ce que signifie demander" la nationalité belge, appelant au "patriotisme" de tous au moment où des efforts sont réclamés face à la crise.

Du côté des médias, on s'est montré plus virulent. Surtout du côté de Libération où la Une de l'édition de ce lundi risque de provoquer quelques remous. On y voit Bernard Arnault, une valise à la main, avec comme titre "Casse-toi riche con !". Une référence à la célèbre réplique de Nicolas Sarkozy à un visiteur du salon de l'agriculture qui lui avait lancé un tout aussi sympathique "Touche-moi pas, tu me salis".

L'allusion est d'autant moins innocente que l'homme le plus riche de France faisait partie des grands patrons proches de Nicolas Sarkozy. Il fut même l'un de ses témoins lors du mariage de l'ancien président avec Cécilia.

Quoi qu'il en soit, cette Une risque de susciter des débats au sein même de la rédaction de Libération. En avril dernier, dans un communiqué, le personnel du journal évoquait un "grand malaise", qui "tient d’abord au sentiment d’être dépossédés du journal". Les récriminations étaient nombreuses : "des unes racoleuses", "un traitement éditorial partisan en matière politique, qui semble inféoder le journal au PS". Pour rappel, en juin 2011, une motion de défiance avait été adoptée à 78 % contre Nicolas Demorand, directeur de la rédaction de "Libé".

La réaction de Libé

Du côté du journal français, on reste serein mais on s'explique...

"A Libération, on ne fait pas des unes et des manchettes en fonction des impératifs publicitaires. Jamais depuis la création de Libération cela n'a inhibé le journal", a déclaré à l'AFP le directeur délégué de la rédaction de Libération, Vincent Giret. "S'il y a une certaine dureté, une certaine vulgarité à la une de Libération, c'est précisément parce que la situation l'est aujourd'hui. La décision de Bernard Arnault contient aussi une dose de vulgarité que nous renvoyons dans un effet boomerang" poursuit-il.

"On joue un rôle, on pratique notre rôle critique, ça nous est souvent reproché, c'est l'histoire du journal et le journal a survécu à ce genre de crise ou de polémique (...) On pense que le chef d'entreprise le plus riche de France a une responsabilité sociale et morale dans le débat politique en ce moment et que bien évidemment cette décision-là donne un coup d'épée, un coup de couteau dans la cohésion sociale".

Concernant le risque d'une plainte en diffamation de la part de LVMH, le quotidien semblait serein: "Je crois que le risque est nul" avait conclu Vincent Giret. Sur ce point, par contre, le chef de la rédaction de Libé s'est trompé.

Le baron Rothschild paiera ses impôts "de bon coeur"

Le baron Edouard de Rothschild, principal actionnaire de Libération, a apporté lundi son soutien au journal, tout en affirmant qu'il paierait pour sa part ses impôts "de bon coeur". "Ca ne m'a pas choqué. C'est tout à fait dans le style provocant de Libération et j'ai pensé que c'était une très belle opération marketing", a-t-il déclaré sur le plateau du "Grand Journal" de Canal+. "Ca me paraît dans la droite ligne de ce que Libération doit faire et doit être", a estimé l'homme d'affaires fortuné.

La réaction d'Arnault

Le patron du groupe de luxe LVMH, Bernard Arnault, a décidé lundi de porter plainte contre le journal Libération pour "injures publiques proférées à son égard", après la Une choc du quotidien --"Casse toi, riche con!"-- qui fustigeait sa demande de naturalisation belge. "Bernard Arnault n'a d'autre choix, compte tenu de l'extrême vulgarité et de la violence du titre du quotidien en date du 10 septembre 2012, que d'assigner le journal Libération en justice", ont indiqué ses services dans un communiqué.

Le texte rappelle que M. Arnault a précisé pendant le week-end "qu'il était et qu'il restait résident fiscal français". "Cette Une du journal Libération est inacceptable", ajoute-t-il, en estimant qu'"elle révèle en outre un état d'esprit anti-entreprise totalement à l'encontre des nécessités du redressement économique du pays et de la lutte contre le chômage, qui ne peuvent réussir qu'avec la motivation des chefs d'entreprises privées".

Depuis la création de LVMH, leader mondial du luxe, Bernard Arnault "a toujours travaillé et payé l'intégralité de ses impôts en France. A travers le développement de ses entreprises, il a toujours été un défenseur du savoir-faire et du patrimoine français, et a créé plus de 20.000 emplois directs sur le territoire", ajoute le communiqué. Les entreprises du groupe LVMH (Christian Dior, Louis Vuitton, Guerlain, Hennessy, Moët et Chandon, Château d'Yquem, Sephora...) "continuent à embaucher en France sous son impulsion" et "d'ouvrir des ateliers en France", avec "plus de 3.000 embauches sur la seule année 2011", relève-t-il.

La réaction du bourgmestre d'Uccle

Le sénateur-bourgmestre d'Uccle, Armand De Decker, s'est dit lundi convaincu que le patron du groupe de luxe français LVMH, Bernard Arnault, a demandé la nationalité belge en raison d'une "grande ambition industrielle" en Belgique. "Sa démarche est industrielle, pas fiscale", a-t-il affirmé à l'agence BELGA à la suite de la polémique née de cette demande, révélée samedi.

Selon M. De Decker (MR), M. Arnault est venu le trouver en novembre dernier pour lui faire part de son intention de se domicilier à Uccle, une riche commune de la Région bruxelloise. "Cela s'est fait en décembre", a ajouté le bourgmestre. M. De Decker a ensuite appris voici "un mois, un mois et demi" que M. Arnault, quatrième fortune mondiale et première d'Europe selon le magazine Forbes, avait demandé sa naturalisation.

"Mais ce n'est pas pour des raisons fiscales", a estimé le sénateur-bourgmestre, expliquant que l'homme d'affaires serait davantage taxé en tant que ressortissant belge que français. "C'est parce qu'il a une grande ambition industrielle en Belgique", sans doute en commun avec son ami Albert Frère, a-t-il dit.

M. Arnault avait démenti samedi tout exil fiscal, mais la confirmation de sa requête pour obtenir la nationalité belge, outre la française, avait fait l'effet d'une bombe au moment où le président français François Hollande a réaffirmé son intention de taxer à 75% les plus hauts revenus.

Montebourg: Arnault devrait "rendre hommage au pays qui lui a permis d'être ce qu'il est"

Le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg a suggéré lundi au patron de LVMH Bernard Arnault, au coeur d'une polémique après sa demande de double nationalité franco-belge, de "rendre hommage au pays qui lui a permis d'être ce qu'il est".

"Avec 41 milliards (d'euros, ndlr), la fortune estimée de Bernard Arnault, on pourrait redresser définitivement la Sécurité sociale, recapitaliser Peugeot, sauver ArcelorMittal, faire des autoroutes gratuites, faire tellement de rêves!", a poursuivi le ministre, interrogé par l'AFP en marge de l'inauguration de l'événement Paris Design Week.

Quatrième fortune du monde et première d'Europe, Bernard Arnault a réaffirmé dimanche qu'il continuerait "comme tous les Français" à payer ses impôts dans l'Hexagone et récusé toute "interprétation politique" à sa démarche, sans parvenir à éteindre la polémique.

L'affaire s'est envenimée lundi avec l'annonce par le patron de LVMH de poursuites pour "injures publiques" contre le quotidien Libération, dont la Une choc "Casse-toi, riche con!" éreintait sa demande de naturalisation belge.

A droite, l'ancien Premier ministre François Fillon a déploré un "déchaînement d'insultes" contre "un grand patron d'une grande entreprise française".

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