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Depuis sa création en 2007, Arte Belgique s’est attiré pas mal de reproches. Notamment au Parlement de la Communauté française, où certains députés de l’opposition critiquent une telle dépense d’argent public alors que l’audience reste confidentielle. Trois ans plus tard, et alors que le bail avec Arte a été reconduit jusque fin 2012, la ministre de l’Audiovisuel Fadila Laanan (PS) se dit toujours aussi fière de ce projet, qui bénéficie d’une dotation propre, indépendante de celle de la RTBF. "On n’a pas gaspillé les moyens publics de la Communauté française !", s’enthousiasmait-elle hier, lors d’un petit-déjeuner avec quelques journalistes.

Selon la ministre, Arte Belgique remplit en effet parfaitement sa mission. "Au moment de la signature du contrat, il était clairement demandé de donner une vitrine aux artistes de notre Communauté française, de leur donner plus de visibilité. Ce qui répondait à une vraie demande de ces derniers. Pour ce faire, nous avons fait appel à des producteurs indépendants, ce qui contribuait aussi à façonner le paysage audiovisuel belge francophone."

Outre le mensuel "Quai des Belges", Arte Belgique, c’est donc d’abord et avant tout un magazine culturel quotidien, "50° Nord", produit par Patrick Paulo et Média Res. Diffusée à 19 h 50 sur Arte Belgique, l’émission est rediffusée en troisième partie de soirée sur La une. Avec une audience moyenne 15 à 20 000 téléspectateurs à chaque diffusion, le public est largement atteint, selon le producteur : "On commence vraiment à sentir le retour sur le terrain." De son côté, la ministre se dit, elle aussi, très satisfaite : "Pour un artiste, montrer son travail à 40 ou 50 000 personnes, c’est énorme. C’est deux stades de foot !"

Et l’audience serait sans doute un peu meilleure encore si Arte Belgique était enfin diffusée par Belgacom TV, qui relaye toujours le canal français d’Arte Ce qui, dans quelques semaines, provoquera certainement à nouveau la colère et l’incompréhension des téléspectateurs au moment de la diffusion du Concours Reine Elisabeth Sur ce dossier, Fadila Laanan n’est cependant pas compétente, cela relève d’une négociation entre la RTBF et Belgacom.

Si la création d’Arte Belgique a répondu à une demande des artistes de la Communauté française, nombre d’entre eux souhaitaient pouvoir récupérer les sujets et reportages qui leur étaient consacrés dans "50° Nord". "C’est pour répondre à cette énorme demande, que nous ne pouvions pas toujours rencontrer, ou avec retard, que nous avons imaginé notre nouveau site Internet", explique M. Paulo.

Lancé il y a peu, le site permet en effet, non seulement de revoir l’émission en ligne, mais aussi, sur simple enregistrement, de retrouver les différents reportages, de les visionner et de les partager sur les réseaux sociaux. Classés chronologiquement et thématiquement (cinéma, photo, musique, expo, mode ), ces reportages peuvent surtout être téléchargés gratuitement (en basse et haute résolution). De quoi permettre aux artistes de bénéficier d’un matériel de promotion professionnel dans leurs démarches à l’étranger, vis-à-vis de la Biennale de Venise ou de la Documenta de Kassel par exemple. "Depuis 2007, nous avons dû tourner quelque 2000 reportages, à raison de 500-600 sujets par an", explique Patrick Paulo. Dès à présent, tous les nouveaux sujets se retrouveront sur la plateforme tandis que, d’ici un an et demi, l’archivage complet devrait être terminé

En mettant ainsi son travail au service des artistes, le producteur ne voit pas de confusion des genres entre promotion et journalisme. "On n’aime pas tout dans "50° Nord". Cette nouvelle plateforme ne changera pas notre façon de travailler Si l’on met un bémol sur quelque chose, on devient plus crédible quand on aime vraiment quelque chose " "Il ne s’agit pas de vendre de la camelote mais de mettre en valeur la création tout en conservant son esprit critique" , renchérit Mme Laanan.

Et M. Paulo de rappeler qu’aujourd’hui, le label "Arte" est synonyme d’un gage de qualité, y compris à l’étranger. Notamment quand, au Festival de Cannes par exemple, "50° Nord" propose une heure de direct depuis la Croisette, "ce qui rayonne forcément sur le cinéma belge". De plus, "il existe aujourd’hui de vrais liens entre Arte France et Arte Belgique", explique le producteur, qui espère qu’un jour, l’émission "Arte Culture" puisse diffuser certains sujets belges en France

Enfin, alors que les tensions entre éditeurs privés et la RTBF sont toujours vives, Fadila Laanan tient à préciser que ce projet de développement en ligne de "50° Nord" "n’a rien à voir avec le site RTBF. be". "C’est un producteur indépendant qui, sans me demander de subside supplémentaire, propose un outil de service public supplémentaire, au service des acteurs culturels", commente la ministre, tout en rappelant qu’elle ne souhaite pas prendre position dans la polémique qui oppose RTBF et éditeurs privés. Et de préciser que la question sera débattue dans les prochains mois au sein des Etats généraux de l’Audiovisuel, qui réfléchiront à l’avenir de l’ensemble du paysage médiatique belge francophone Un avenir que Mme Laanan souhaite évidemment harmonieux pour chacun des acteurs, même si, au niveau européen, elle se dit inquiète des attaques que doit subir l’audiovisuel public un peu partout

Rens. : www.50degresnord.be.