Médias/Télé Web Arte Radio s’écoute sur Internet en podcast. Qui l’eût cru il y a 15 ans ?

"Aujourd’hui, tout le monde sait ce qu’est le podcast. Il y a 15 ans, personne ne nous comprenait et ne voulait comprendre. Les gens commençaient à peine à avoir Internet. Le haut débit n’existait pas. En 2002, nous étions seuls à faire cette radio sur le web, se souvient Sylvain Gire. A l’origine, le président d’Arte, Jérôme Clément, souhaitait que la chaîne ait une radio. Ne pouvant avoir de fréquence, elle s’est installée sur le web. Arte recrute alors un responsable technique, Christophe Rault et moi-même en tant que responsable éditorial." 

Tous deux sont amateurs de sons et de radio "élaborée". "Nous décidons de produire avec une équipe de jeunes pigistes des reportages, des chroniques, des mini-fictions et de les proposer ‘à la demande’, à l’écoute ou au téléchargement, sans format, ni grille établis."

Un temps d’écoute et de l’intime

Ce nouveau rapport au temps, c’est sans doute l’une des plus belles intuitions de cette radio numérique. Le podcast, c’est un temps pour soi, comme la lecture. Un temps de l’intime. L’absence de rendez-vous fixe, et donc de format, autorise des durées non standards, de 3 à 90 minutes, pour s’adapter au temps de l’histoire à raconter. Un temps qui n’est pas dicté par l’actualité immédiate. Un temps sur lequel Arte Radio dit ne pas mégoter quand il s’agit de réaliser les sujets. Fabienne Laumonier aura bénéficié de près de deux ans pour sa série documentaire "A fleur de peau" (9 x 10 min).

La réalisatrice essaie par tous les moyens de soigner son psoriasis. Pour guérir ce corps qui lui échappe, elle n’hésite pas à se mettre en scène et à se livrer aux mains, poudres, onguents et grimoires de sorciers venus de France, de Belgique et d’ailleurs. Sa voisine, insupportable, participerait aussi de cette maladie de peau. Elle songe à lui jeter un sort…

Fabienne Laumonier travaille comme documentariste radio en Belgique avec l’ACSR et la RTBF, et en France pour Arte Radio et France Culture. En 2012, elle a reçu le prix du meilleur documentaire de la Scam Belgique et, en 2013, le grand prix Longueur d’Ondes pour "L’école pirate", réalisé avec Christophe Rault, sur le premier lycée autogéré en Belgique. Son récit est disponible à partir du 23 novembre sur arteradio.com

"Nous cherchons un point de vue"

Les auteurs d’Arte Radio ont l’âge de leurs auditeurs : 20-45 ans. "Je ne voulais pas faire la radio de Saint-Germain-des-Prés où les éternels intellos parisiens vous expliquent la marche du monde. Pas d’entre soi. Je voulais que n’importe qui puisse proposer un projet, sans verser dans le socio-culturel ou la maison de quartier. Et donc former des gens qui n’ont jamais fait de radio à la prise de son et au montage. De grands auteurs ont ainsi pu germer", explique Sylvain Gire, passé par France Culture et auteur de "Johnny est mort" aux éditions du Seuil.

Parmi eux, Mehdi Ahoudig, trois fois primé. "Poudreuse dans la Meuse", qui a reçu le prix Europa 2015, ne raconte pas la vie des chevaux, des hiboux et du plaisir de marcher dans la boue. Le département de la Meuse détient le record de la consommation d’héroïne en France…

A chacun son blog

Arte Radio offre également une plateforme gratuite d’audioblogs qui permet à tous les amateurs de sons de créer leur propre blog sonore. Un vaste catalogue dans lequel on puise des émissions émouvantes réalisées par des lycéens, parfois maladroits, mais parfaitement capables de s’entourer de personnes aptes à parler avec justesse de thématiques qui les concernent comme le harcèlement scolaire. Chaque été, les audioblogs organisent un concours pour récompenser les trois meilleures créations. La plateforme compte aujourd’hui plus de 1200 audioblogs. Parmi eux, peut-être, le digne successeur de Sylvain Gire.