Médias/Télé Joker à la présentation des JT de TF1, la journaliste s’expose aussi sur LCI.  

Chaque jour, à 8 h 15, dans la matinale de LCI, Audrey Crespo-Mara se livre à l’interview politique. En plus de "L’Entretien d’Audrey", où elle reçoit tous les dimanches une personnalité du monde de la culture, la journaliste s’est vu confier un nouvel exercice par la chaîne d’information du groupe TF1.

Les politiques sont-ils différents des intellectuels et des artistes ?

Avec eux, c’est davantage un bras de fer intellectuel. Ils sont dans la "punch line". Il faut faire craqueler leur langage, leurs phrases répétées avec leurs communicants. Sur les réseaux sociaux et à travers les courriers que je reçois, les gens disent qu’ils n’en peuvent plus de ce langage-là. Notre job, c’est de montrer qu’on n’est pas dupe et de les pousser dans leurs retranchements. Beaucoup de journalistes politiques petit-déjeunent, déjeunent, dînent avec eux. Je ne critique pas mes collègues, mais je tiens à rester extérieure à ça. A trop connaître les gens, on s’interdit même inconsciemment de leur poser certaines questions.

Vos astuces pour décliner leurs invitations ?

Si vous les balancez, je ne pourrai plus les donner ! De toute façon, les politiques sont malins… Et manipulateurs de surcroît.

Face la concurrence des matinales radio et télévisées, comment les attirez-vous ?

La concurrence est effrayante ! A 8 h 30, dès que je sors de l’antenne, je suis déjà sur le lendemain. On court tous après les mêmes invités. Ce qui m’aide, c’est ma notoriété à TF1. Quand vous devenez une personnalité publique, que vous présentez le JT, ça leur donne davantage envie.

Votre style aussi...

Je travaille mes interviews, je ne pratique pas la provocation, le buzz. Ensuite, ils ne se lèvent pas pour répondre à trois questions, ils ont quinze minutes pour s’exprimer. Et surtout ne jamais les lâcher. Emmanuel Macron provoque pas mal de réunions imprévues. Certains ministres vous annulent à 17 heures pour le lendemain. C’est épouvantable ! Vous savez que vous ne retrouvez pas de gros poisson en quelques heures… Et puis, il y a l’image de LCI, peut-être le premier des arguments. Même si on a raté le tournant du gratuit il y a des années, on a toujours bénéficié d’une image de chaîne élégante, intelligente. Je le sais parce que je suis dans le groupe TF1 depuis dix-huit ans et sur LCI depuis dix ans. Depuis deux ans, on est le phénix de la télévision, on renaît de nos cendres. LCI redevient la chaîne où il faut être.

Mais pour les attirer, il ne faut pas les froisser…

Je ne suis pas dans l’agressivité, plutôt dans l’ironie souriante. Il y a une manière de faire avec le sourire, tout en insistant.

Votre époux, Thierry Ardisson, fait parler de lui dans les médias. C’est une gêne ou une aide ?

C’est un homme public. Je suis devenue publique. On a deux personnalités différentes. On travaille dans deux secteurs différents. C’est quelqu’un de très intelligent, très cultivé, qui a du fond. Il a une approche plus spectaculaire qui est logique par le support sur lequel il est (NdlR: "Salut les terriens" sur C8). Mais ce n’est pas une question d’écrin, son savoir-faire lui est propre.

Quelle question sous-tend vos interviews ?

Nous sommes tous le produit de notre enfance, des épreuves vécues. La mère du ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, est femme de ménage. D’autres politiques sont nés avec des cuillères d’argent dans la bouche. Ça ne mène pas à la même personnalité, forcément.

Comment intéresser les jeunes à la politique ?

C’est un défi que toutes les télés du monde ont à relever ! Mes enfants ne regardent pas la télévision. Ils ont 12 et 15 ans. Ils sont tous sur leurs écrans. Il faut s’adapter à leur nouveau mode de consommation. TF1 travaille beaucoup à rendre le JT plus dynamique et à apporter une seconde vie à vos interviews sur les formats numériques.

Pourquoi avoir choisi le très médiatisé Alain Duhamel tous les mardis ?

Alain a une analyse très puissante de l’actu et nos téléspectateurs l’aiment beaucoup. Il n’est ni sur BFM, ni sur Cnews. Et puis je suis contre le jeunisme ! Parce qu’il est là depuis longtemps, il deviendrait moins intéressant. Natacha Polony apporte aussi un autre regard politique. LCI vous offre un panel assez large.