Médias/Télé On sait que "Miraculous" se situe dans la fourchette haute des budgets pour une série d’animation. Mais saviez-vous que la saison 2 s’enrichit de nouveaux personnages, de nouveaux décors, plus soignés encore ?


Une des clés de cette série à succès, c’est la puissance de son héroïne, Marinette/Lady Bug, une adolescente en pleine mutation, capable de séduire garçons et filles.

"On voulait sortir des clichés et imaginer une fille qui ressemble à une fille d’aujourd’hui, qui veut faire quelque chose de sa vie, qui est capable d’inventer des choses, et montre qu’on peut changer, apprendre à devenir plus forte. Marinette apprend à gagner en assurance quand elle devient Lady Bug", explique Sébastien Thibaudeau, directeur d’écriture et producteur exécutif de "Miraculous". "Elle véhicule aussi cette idée que pour réussir dans la vie, il faut se battre, et faire preuve d’intelligence et d’ouverture d’esprit". Si le personnage de Marinette/Lady Bug est emblématique du "girl power", celui d’Adrien/Chat Noir apporte, en contrepoint, une dimension comique. "Chat Noir, c’est le personnage qui amène l’humour, le décalage, alors que Lady Bug est plus sérieuse. Chat Noir permet également à Adrien de se lâcher", poursuit l’auteur.

Identité secrète

Sorte de catharsis pour petits et grands, "Miraculous" peut réveiller l’identité secrète de chacun. Et c’est d’autant plus vrai que cette nouvelle saison et les suivantes verront l’apparition de nouveaux super-héros, dotés chacun de pouvoirs spécifiques. "La boîte magique contient beaucoup de Miraculous", assure Sébastien Thibaudeau. Dans cette saison 2, maître Fu, guérisseur des kwamis (ces petites créatures indispensables pour se transformer en super-héros) et gardien des Miraculous, va faire appel à de nouveaux personnages (Queen B, Rena Rouge, Carapace) pour endosser d’autres costumes de super-héros, qui seront les alliés de Lady Bug et Chat Noir. De nouveaux élèves, Kagami et Luka, feront aussi leur apparition, venant jeter le trouble dans le cœur des héros.

Du côté des super-vilains, le patineur Philippe Candeloro, le comédien Dany Boon, et la chanteuse et comédienne américaine Laura Marano (interprète du générique en anglais) vont être modélisés. Leurs personnages, comme celui de Josiane Balasko dans la saison 1, vont être "akoumatisés", c’est-à-dire envoûtés par Papillon, qui se sert des émotions négatives pour tenter d’asseoir son pouvoir.

Surprises

Sans dévoiler les secrets de la saison 2, les fans devraient rapidement être accrochés par d’importantes révélations, dès le premier épisode. La série gagne en intensité, dans un décor parisien toujours plus étendu et somptueux (voir ci-contre). "Il y a des séries que l’on rentabilise en utilisant toujours les mêmes personnages et les mêmes décors. Nous n’avons jamais fonctionné comme ça dans "Miraculous". Nous avons écrit une histoire au long cours, et nous l’avons réalisée comme un film de cinéma, avec énormément de création, en installant de nouveaux personnages, de nouveaux lieux, et en réservant plein de surprises", plaide le directeur d’écriture.

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"La représentation et la gestion des émotions sont un enjeu central"

Thomas Astruc, créateur et réalisateur de "Miraculous", nous livre les clés du phénomène.

Quelles sont les innovations de la saison 2 ?

Nous sommes cinq co-réalisateurs et nous faisons nos propres storyboards, sans faire appel à des storyboarders comme en saison 1, ce qui permet d’avoir plus de contrôle sur la mise en scène et la qualité des histoires. De même, alors qu’il y avait un scénariste par épisode, nous écrivons toutes les histoires à 4 ou 5, pour qu’il n’y ait pas de déperdition d’information. Une nouveauté technique : nous avons modélisé Paris, du coup tous les lieux sont reliés les uns aux autres. On peut faire une course-poursuite de l’Hôtel de ville jusqu’à l’Arc de Triomphe, en passant par la place des Vosges, le Louvre, les Tuileries, la Concorde et les Champs-Élysées. Nous venons de finir de modéliser le Canal Saint-Martin et la gare du Nord, c’est criant de réalisme. Je vois désormais Paris comme un décor de "Miraculous". C’est le cas de beaucoup de fans.

Vous attendiez-vous à un tel engouement ?

Je subodorais que la série allait avoir du succès, parce que le concept est très efficace. Cela fait 20 ans que je fais de l’animation. Mais que cela prenne cette ampleur-là, à cette vitesse-là, c’était totalement imprévisible.

"Miraculous" est-elle dans l’air du temps ?

Quand on l’a commencée il y a sept ans, elle était complètement à contre-courant. C’est un format de 20 minutes, alors qu’on ne faisait plus que du 11 minutes. C’est une héroïne féminine, et hormis Totally Spies, cela ne se faisait plus. Et c’est une série réaliste d’action-aventure, localisée à Paris, alors que les producteurs français préféraient choisir des lieux neutres, afin que toutes les cultures puissent s’y reconnaître. Cela a donné un côté exotique, qui plaît vachement plus.

Comment l’aventure a-t-elle démarré ?

Il y a plus de dix ans, je travaillais dans le studio Sip Animation de Jacqueline Torjdman, l’associée de Jérémy Zag à Zagtoon. Une jeune fille a débarqué pour travailler avec nous, avec un T-shirt avec une coccinelle. Comme c’est la coutume, nous avons commencé à échanger des post-it avec des gags sur ce thème. Je l’ai dessinée en costume de super-héroïne, avec un masque et un costume à pois noirs. Quand j’ai vu le personnage, je me suis dit : il tabasse ! Et il n’existait pas de personnage dont le totem animal serait la coccinelle.

Vous écrivez la suite ?

Oui, nous aimerions pouvoir faire au minimum six saisons. On connaît déjà la fin. Il y a encore une dizaine de strates de mystères à dévoiler. C’est un univers beaucoup plus riche qu’on pourrait le croire dans la saison 1, qui nous a permis de mettre en place des routines, de familiariser le public avec des mécaniques originales, jamais vues. Comme le lucky charm de Lady Bug, qui est de faire apparaître un objet stupide, dont elle doit découvrir comment l’utiliser pour battre le vilain. Il y aussi la mécanique amoureuse : Lady Bug est amoureuse d’Adrien, qui est lui-même amoureux de Lady Bug, mais quand Marinette est en Lady Bug, elle ne le calcule pas, parce qu’elle ne sait pas que Chat Noir est Adrien. Nous avons distillé des indices dans la saison 1, pour montrer que ce n’est pas une série comme les autres. Maintenant, nous allons pouvoir rendre compte de la profondeur de l’univers.

Cette série est centrée sur les émotions, la psychologie.

La représentation et la gestion des émotions sont un enjeu central. En saison 2, la prof des gamins demande, avant chaque cours, de faire un compliment à son voisin, pour mettre la bonne ambiance. Cette série porte un message de tolérance, d’optimisme, de partage, de savoir vivre ensemble. Dans la plupart des séries mettant en scène les adolescents, notamment américaines, ce sont souvent les conflits qui sont mis en avant. Personnellement, j’ai eu une adolescence fantastique, on était tous potes et j’étais pourtant dans le 93 (au nord de Paris, NdlR). Vingt ans plus tard, je voulais que cette série communique ce plaisir que j’ai eu à aller à l’école.

Travaillez-vous sur le long-métrage ?

J’ai écrit une première version. Nous allons revisiter la série de manière plus mature et adapter des choses qui marchent en animation, mais marcheraient moins bien en film live avec des acteurs, comme les kwami. Je fais confiance au savoir-faire hollywoodien.


Une success-story à la Française

En matière d’animation, la création française a décidément le vent en poupe. "Miraculous", série produite par Zagtoon, Method Animation et Toei Animation, est devenue, dès la diffusion de la première saison sur Tfou, un phénomène planétaire. Lancée en septembre 2015, elle a battu des records d’audience en France sur TF1, avec une part de marché moyenne de 29 % chez les 4-10 ans pour les 26 premiers épisodes.

Mais comme toutes les bonnes séries d’animation, les adultes se sont également pris de passion pour cet univers fantasmatique, ancré à Paris, porté par des super-héros positifs dans lesquels tous peuvent se retrouver. Au point que des hordes de "cosplayers" (des fans déguisés) courent les conventions d’animation en costumes de Lady Bug et Chat Noir.

Les chiffres de l’exportation explosent les plafonds : "Miraculous" est diffusée dans près de 150 pays, avec de gros succès d’audience au Canada, en Angleterre, en Italie, aux Etats-Unis ou au Brésil (où une comédie musicale s’est même montée). Sur le Web, plus de 220 000 chaînes Youtube sont consacrées à l’univers de la série, avec plus de 3 millions de vidéos mises en ligne.

Le merchandising se porte bien et les licences se multiplient (livres, BD, comics, jouets et produits divers).

A l’heure où les fans vont découvrir la saison 2, l’écriture de la saison 3 est déjà bouclée ainsi que celle de trois épisodes spéciaux de 52 minutes. Les créateurs français préparent enfin, en collaboration avec le studio américain Lionsgate, un long-métrage (en live action) pour 2020.