Médias/Télé

C'est une balade extraordinaire, une remontée du temps qui enchantera aussi sûrement les moins de 50 ans que ceux qui, à l'époque, couraient d'un pavillon à l'autre impatients de découvrir de nouveaux mondes, à moins qu'ils n'aient même été trop jeunes pour en garder un souvenir précis...

La madeleine du jour prend la forme d'un ingénieux "view master", ces fausses jumelles qui permettent de faire défiler une série de clichés en noir et blanc. Mais les images proposées par David Martinez ne sont nullement figées. Avec ses guides du jour, Robert et Huguette Gillain, il revisite les films familiaux en couleurs (!) réalisés dans les allées de l'Exposition universelle de 1958.

Pour leur quatrième visite du site, le couple emmène leur fille Monique et leur petite-fille Brigitte à la découverte de l'Atomium et de la Belgique joyeuse, ce quartier qui se donne des faux airs de Bruges entre estaminets et représentations des métiers d'antan. Il y a quelque chose de Jacques Tati dans le petit film de présentation de la famille Gillain et l'on se dit qu'à leur suite, on va "revivre" une "époque formidable". Et on ne se trompe pas !

Abreuvé d'évocations en tous genres, en radio, en télévision et en presse, le téléspectateur pourrait être tenté de passer son chemin mais il aurait doublement tort. D'abord parce qu'il se priverait d'un documentaire de grande qualité, riche d'archives et de témoignages en tous genres, qui plonge au plus profond d'une épopée unique qui a marqué bien plus que l'histoire de la Belgique. Mais aussi (surtout ?) parce que son auteur et réalisateur en a fait une expérience originale et ludique dont la beauté formelle mérite toute notre attention.

Réalisé avec doigté, son film nous entraîne dans son sillage sans temps mort ni faute de goût pour un récit résumant parfaitement les rêves, les préoccupations, les espoirs, bref l'air du temps.

Pour évoquer ce passé glorieux, David Martinez a convoqué toutes sortes d'images privées et professionnelles (VRT, belgavox, etc.), choisissant un décor d'époque raffiné, pour y recevoir ses invités. Relaté par des témoins de premier plan, son récit n'en a que plus de poids et de piment. Jacques Danois journaliste au langage fleuri; Julien Trosh, policier ébloui; Jean Destrée, directeur de l'Accueil, qui inaugurait là le métier des "relations publiques"; Jacqueline Moens de Fernig, fille du Commissaire général de l'Expo; Pierre Bernard, historien de l'art; Francis Molkau, collectionneur spécialisé; Nicole Kodeck, l'une des 280 hôtesses de l'Expo... Ils ne sont pas trop d'une dizaine pour évoquer ce grand succès technologique et public (plus de 42 millions de visiteurs en six mois).

A coup d'anecdotes savoureuses (caviar, stars, etc.) et de souvenirs précis, ils font revivre un temps qui ne relevait "pas de l'utopie mais de la réalisation d'un rêve; rêve de rencontre et de fraternité, d'universalité", comme le souligne Jacques Danois.