Médias/Télé Le documentaire "Barbara: chansons pour une absente", ce dimanche à 18h10 sur Arte.

"Être une femme, pour moi, c’était très difficile parce que j’étais quelqu’un d’extrêmement vulnérable, crucifiée par des choses, des riens… J’ai coupé mes cheveux, j’ai cessé de me maquiller et cette féminité que j’avais tuée volontairement pendant des années comme ça a resurgi malgré moi, traîtreusement, dans ce que je faisais, dans ma façon de chanter dans ma façon de… Je n’aime pas écrire parce que je n’écris pas, mais dans ma façon de zinziner, mes zinzins, quoi ! Et ça a été étonnant. Parce que j’avais beau masquer, tout à coup c’est apparu comme ça. J’en reviens à dire que le bonheur rend naturel, que le succès rend naturel. Et je crois que moi, ça m’a rendue naturelle, en tous les cas, celui d’être une femme. Bien sûr, j’aime plaire et j’ai besoin de plaire. Et je dis tout le temps ‘je ne suis pas une femme’, mais je sais bien que je suis une femme !"

Qu’elle est belle Barbara, si délicate, et fragile et forte à la fois dans cet "autoportrait" réalisé par Cyril Leuthy. Dans un savant tissage, il a entremêlé les chansons de l’artiste avec des extraits de ses rares interviews. On y retrouve Barbara jeune, face caméra, sans ciller, ses grands yeux de biche envoûtants, son profil vénéneux et cette voix de femme où se cache la petite fille. "Enfance", "Insomnies", "Nantes", "Göttingen" en allemand, "Au bois de Saint-Amand", "Ma plus belle histoire d’amour", "L’enfant laboureur", "L’aigle noir"… composent une autobiographie musicale à partir des captations, sur scène ou en studio.

"Le noir, c’est une lumière sublime"

Entre deux interprétations, Barbara se raconte avec pudeur, mais avec profondeur.

"Il y a une contradiction totale qui est qu’en fait j’ai peur du monde et j’y vais quand même. Et pour exister, autrement dit, il faut monter sur une scène, c’est sûr. Après, j’ai honte. Peut-être il y a une honte d’avoir eu besoin de s’exprimer sous les lumières, en habit de lumière. Parce que le noir, c’est une lumière sublime".

"La longue dame brune" décrite comme "volontaire et timide" est partie il y a vingt ans, le 24 novembre 1997. Progressivement, ce documentaire laisse entrevoir un peu de son mystère, avec délicatesse, sans qu’aucun tiers n’intervienne, ne la raconte. Nul besoin tant sa parole est libre et juste : "En fait, je pense que tout est amour. Ma religion, c’est l’amour. Si je n’avais pas chanté, sans doute j’aurais été bonne sœur ou putain".