Médias/Télé La nomination du nouveau conseil d'administration de la radio-télévision publique italienne RAI représente le premier échec politique du chef du gouvernement Silvio Berlusconi qui n'a pas réussi à imposer son candidat, estimait samedi la presse italienne.

"Berlusconi encaisse le coup", écrivait le quotidien de gauche La Repubblica, tandis que La Stampa, propriété du groupe Fiat, affirmait que "le Premier ministre n'a pas réussi à imposer ses candidats aux alliés".

Le Corriere della Sera, principal tirage de la péninsule, relevait que "le Premier ministre a fait un pas en arrière". "C'est la première fois que cela se produit et c'est un fait important", affirmait le journal.

La désignation des cinq membres du directoire du service public audiovisuel est de la compétence conjointe du président de la Chambre des députés et du président du Sénat.

M. Berlusconi n'a pas été en mesure de faire accéder à la présidence de la RAI, Carlo Rosella, directeur du magazine Panorama, propriété du groupe d'édition Mondadori dont l'actionnaire de référence est la Fininvest, le groupe du chef du gouvernement.

Pier Ferdinando Casini, président de la Chambre des députés, a bloqué cette nomination, jugeant qu'il serait malhabile de nommer un "employé" de M. Berlusconi à la tête de la RAI alors que ce dernier possède déjà le principal groupe de télévision privée du pays.

La presse était unanime à considérer la nomination du nouveau conseil comme une victoire du président de la Chambre des députés, un démocrate-chrétien pourtant proche de M. Berlusconi.

"Le vainqueur de la partie RAI est Pier Ferdinando Casini qui a fait preuve de personnalité et a réussi à faire ce qu'il désirait. Cela signifie que la priorité au sein du centre-droit est maintenant de panser les blessures" laissées par cette épreuve de force interne, selon le Corriere.

La Stampa écrivait que "Montecitorio (le siège de la Chambre des députés) fêtait vendredi soir la victoire de Pier", mais le journal ajoutait que le marchandage politique pour les postes au conseil de la RAI était "un spectacle à oublier".

"Disons-le tout de suite : dans l'histoire de la RAI, la majorité gouvernementale a donné une très mauvaise image d'elle-même (...) dans cette histoire personne n'a gagné et tout le monde a perdu", écrivait le quotidien dans son éditorial.

Les cinq postes au sein du conseil de la RAI respectent traditionnellement le même schéma de répartition : le président et deux conseillers sont de la majorité, deux conseillers sont de l'opposition.

Comme aucun des cinq nouveaux conseillers ne dispose d'une expérience télévisuelle, le nouveau conseil devra forcément s'appuyer sur la direction générale et les différents directeurs des trois chaînes de la RAI et la bataille pour ces nominations a déjà commencé entre les partis de la majorité de droite et l'opposition.

La droite a accueilli avec soulagement et plus ou moins de satisfaction la fin du "feuilleton" des nominations à la tête de la RAI, tandis que l'opposition de centre-gauche a tiré à boulets rouges sur la nouvelle direction.

"Le centre-droit a déjà commis de graves dégâts en voulant nous imposer son président. Il doit savoir que nous serons intransigeants dans la lutte pour l'autonomie de la RAI et le pluralisme de l'information", a déclaré samedi Piero Fassino, secrétaire des Démocrates de Gauche (DS, principal parti d'opposition).

Le nouveau conseil d'administration est "un choix qui ne nous représente pas", a déclaré pour sa part Francesco Rutelli, leader de l'opposition de centre-gauche L'Olivier. "Sur une échelle de 1 à 10, je suis énervé à 9,5", a ajouté M. Rutelli, annonçant des "batailles" contre la droite à propos de la RAI.