Médias/Télé

ENTRETIEN

Après un passage par «Génération 80», «Télétourisme» ou le service variétés RTBF, après les portraits de Gainsbourg et Montand et le succès de «Bon Week-end», Serge Dzwonek fut l'un des hommes de la «Commission parlementaire sur les enfants disparus» dont il a assuré la réalisation. A présent, il est «assis dans le fauteuil d'Arte Belgique», poste auquel «très honnêtement, je ne songeais pas».

L'adaptation a-t-elle été facile?

Il y a eu une petite cabale contre moi de la part de personnes qui estimaient que je n'avais pas ma place là car je n'avais fait que de la variété et que je ne connaissais rien à la culture. En fait, ils estimaient qu'Arte leur appartenait et qu'on ne pouvait pas me confier ce siège. Ils ont prétendu que la procédure n'avait pas été respectée mais il n'existait aucune procédure. Carine Bratzlavsky (précédente responsable, NdlR) elle-même avait reçu ce poste comme on reçoit un jeu de cartes.

Aujourd'hui, la page est tournée?

Il semblerait, oui.

Un an après votre prise de fonction, que pensez-vous d'Arte?

Arte évolue. La chaîne a fêté ses 10 ans, 2002 a donc marqué un cap important et induit la nécessité d'une réflexion. La Belgique est l'un des pays partenaires entrant dans le consortium dirigé par les Français et les Allemands, fondateurs d'Arte. Ils déterminent les programmes à 98 pc mais, comme c'est une chaîne à vocation européenne, ils laissent une place à leurs partenaires belges, suisses, polonais, finlandais, portugais, autrichiens, espagnols, etc.

L'accord avec ces pays partenaires porte sur une série de documentaires et/ou de fictions. Chaque pays a entre 15 et 20 heures de programmes à fournir par an. Des documentaires, une ou deux soirées thématiques, plus l'une ou l'autre coproduction ponctuelle avec d'autres pays. La dernière soirée thématique que nous avons livrée était celle sur Georges Simenon, au mois de mai, qui a bien fonctionné.

Quels sont les domaines dans lesquels vous pouvez intervenir?

Les programmes-phares d'Arte restent les soirées thématiques puis l'unité documentaire qui nous réserve une case par mois. Puis vient l'unité danse-musique pour laquelle nous avons fait une proposition fin août sur le lauréat 2003 du Concours Reine Elisabeth. Enfin, il y a l'un ou l'autre opéra. En clair: tous les deux ans car, malgré la richesse belge, la France et l'Allemagne, qui ont également beaucoup de potentiel, se battent pour en avoir dix chacun. Or Arte ne diffuse pas plus de 20 opéras par an.

Ce sont les trois unités dans lesquelles nous intervenons, toujours selon le même schéma: une coproduction entre la RTBF et une société indépendante. Les trois autres unités - fictions, docu-soap ou info - sortent de notre champ d'activité. De même, Arte peut acheter un programme belge mais cela ne se fera pas via Arte Belgique.

Qu'en est-il de l'élargissement de la grille horaire d'Arte toujours inaccessible en Belgique?

Pour l'instant, Arte occupe toujours le même canal que France 5 et n'est donc visible qu'après 19h, sauf via satellite, alors qu'elle diffuse des programmes dès 14h depuis janvier 2001. Mais, normalement, Arte devrait avoir son propre canal de diffusion à partir de janvier 2004. La France souhaitait même commencer à émettre dès le matin mais, en Allemagne, ce n'est pas possible car le canal est utilisé par les chaînes régionales. Il est pourtant question qu'Arte France diffuse, de son côté, des programmes de 12h à 14h.

Par ailleurs, Arte est en train de modifier sa grille. Le gros de notre travail en conférence de programme mensuelle porte là-dessus, le résultat de ces réflexions sera officiel en septembre 2003. Nous sommes des observateurs de la conférence des programmes, nous pouvons donner notre avis sans plus.

Quel est votre budget annuel?

Arte Belgique dispose d'un budget de 450000 € qui entrent dans l'aide à la production indépendante. D'autres pays disposent d'un peu plus comme la Suisse (550000) ou l'Autriche (900000 €).

Avec ces 450000 € annuels, nous pouvons injecter 30000 € dans chaque production que nous soutenons (une dizaine par an), sur un budget moyen de 250000 €. Or, dans le même temps, un réalisateur qui travaillerait avec Arte France recevrait 60000 €. Résultat: les producteurs râlent mais notre budget reste très limité et il n'est pas prévu de l'augmenter.

Je reçois une moyenne de 300 projets par an et je ne peux en produire qu'une dizaine. Ces projets passent par la commission documentaire de la RTBF, partenaire obligée d'Arte-Belgique et ensuite à la conférence des programmes à Strasbourg.

Que verrons-nous à la rentrée?

En septembre, nous verrons un documentaire d'André Dartevelle intitulé «Roger Lacroix ou les poubelles de l'art». En octobre, il y aura la commémoration Jacques Brel avec Patrica Kaas, Adamo, Maurane,... La RTBF prépare une importante soirée à la Grand-Place. Ce sera donc soit une reprise du spectacle, soit un remontage de documents fournis par la Fondation Brel. Enfin, en décembre, nous devrions voir «Correspondances», qui trace les parallèles entre les métros de Bruxelles et Mexico.

© La Libre Belgique 2003