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CORRESPONDANT PERMANENT À PARIS

L a décision me concernant a des aspects politiques». Après avoir fait ses adieux aux téléspectateurs jeudi, Claude Sérillon est revenu vendredi, dans «Le Monde» et «Le Parisien», sur son éviction de la présentation du «20 heures» de France 2. Il a mis ce licenciement sur le compte de «raisons totalement étrangères au journalisme» et a fait état de «pressions politiques» émanant non «pas de la part de personnalités politiques directement» mais de membres de «leurs entourages», qui «se complaisent dans l'intrigue».

En ces temps de pré-campagne électorale, l'insolent Sérillon aurait-il donc bel et bien été récusé de concert par Chirac et Jospin? L'Elysée et Matignon démentent mais, depuis quelques temps, le présentateur de France 2 n'était plus en odeur de sainteté. En septembre 1999, en pleine affaire Michelin, Lionel Jospin avait attribué l'échec de sa rentrée télévisuelle à la pugnacité de ses questions. Et en avril dernier, le journaliste n'avait pas été convié à participer au grand «recadrage» médiatique de l'action gouvernementale par le Premier ministre.

Boudé à gauche, Sérillon était peu apprécié à droite. En juillet 1987 déjà, sa première éviction du JT de «La Deux» avait été mise sur le compte de l'hostilité présumée de Jacques Chirac, alors Premier ministre. Tout récemment, le secrétaire général de l'Elysée Dominique de Villepin s'était réjoui de son prochain départ alors que celui-ci n'était pas encore connu, ce qui n'avait pas apaisé le climat. Une petite phrase de la directrice de France 2, Michèle Cotta, rapportée par Sérillon - «Nous ne pouvons envisager que tu sois là pendant l'année électorale» - a achevé de donner à ce remplacement des airs de licenciement politique.À dire vrai, ce ne serait pas une première. En 1968, 1974 et 1981, de Gaulle, Giscard et Mitterrand procédèrent à des «normalisations» du paysage audiovisuel qui se traduisirent par des dizaines de licenciements, démissions, et autres mutations de journalistes et dirigeants de chaînes jugés hostiles. Aujourd'hui toutefois, ces «charrettes» de licenciements semblent relever d'un autre âge. Les évictions de présentateurs-vedettes intervenues ces dernières années (Bruno Masure, Daniel Bilalian, Paul Amar, etc.) ont d'ailleurs toutes été justifiées par des questions d'audience ou de profil.

VERS DES JT PLUS «LISSES»

À cet égard, Sérillon a peut-être été victime moins de ses idées que de son ton. Son licenciement s'est-il joué dans les états-majors politiques? Rien ne le prouve. Mais tout indique que, dans ces états-majors, à un an des élections, personne effectivement ne pleurera sur celui qui hier encore estimait que «servir n'est pas flatter»

et qui, avec ses moues ironiques et son horreur de la langue de bois, pouvait transformer un passage au «20 heures» en calvaire médiatique.

L'éviction de Sérillon traduit sans doute aussi un changement dans la ligne éditoriale du journal télévisé de la deuxième chaîne, dont l'audience est deux fois moindre que celle du «20 heures» de TF 1. Le nouveau directeur de la rédaction, Olivier Mazerolle, n'a jamais caché qu'il trouvait le JT de Sérillon trop élitiste. Il voudrait le transformer en rendez-vous plus populaire et plus consensuel qu'il ne s'y prendrait pas autrement.

Cadre d'ailleurs bien avec cette ambition l'arrivée annoncée aux commandes des JT de 13 et 20 heures du très «populiste» Daniel Bilalian - qui jadis s'était vanté de faire «un journal de mimile pour les mimiles», puis s'était essayé à l'«infotainment» - et du très lisse David Pujadas.

© La Libre Belgique 2001