Médias/Télé

**Passage du Désir

Fiction. France 2, 20 h 35.

Sur un air de jazz, lovée dans un kimono de soie rouge, l’ex-commissaire Lola Jost (Muriel Robin) choie ses carpes japonaises à l’heure de l’apéro, un puzzle de mille pièces déployé sur sa table. Elle a choisi la retraite anticipée, troquant sa vie trépidante de flic pour des soirées paisibles et poussives. Jusqu’à ce qu’un crime sordide, celui d’une jeune femme, commis dans son quartier, l’a remette en selle.

Pour l’épauler dans cette enquête menée sous le boisseau, parallèlement à l’enquête officielle de ses ex-collègues (des bras cassés !), la flegmatique Lola va pouvoir compter sur l’énergie d’une voisine, Ingrid Diesel (Fatou N’Diaye). Cette franco-américaine pétillante et sensuelle, dont le franglais est pollué par des "fuck !" et des "shit !" un peu artificiels, est masseuse le jour, effeuilleuse la nuit.

Des personnages hauts en couleur comme ceux-là sont légion dans ce "Passage du Désir". Un quartier cosmopolite, planté dans le Xe arrondissement parisien, sorti de la plume de Dominique Sylvain. Cette fiction est l’adaptation du premier roman d’une série de quatre, consacrée à ce duo d’enquêtrices (le dernier, "Guerre sale", est en librairie depuis le 20 janvier).

Malgré une intrigue pas follement captivante, sous l’angle strictement policier, l’improbable duo, servi par la gouaille des deux comédiennes et des dialogues au cordeau, nous mène par le bout du nez. Nous voilà embarqués, les sens aux aguets, dans un univers de théâtre grand guignol, de braqueurs de bas étage, et de mangas.

La réalisation audacieuse de Jérôme Foulon se sert d’ailleurs de l’esthétique manga pour planter un décor à la hauteur des personnages, décalés. De quoi dépoussiérer la fiction contemporaine française, qui n’a pas fini de tester de nouvelles pistes.

C. G.