Médias/Télé

**Kathleen Ferrier : Le chant de la terre

Documentaire. La deux, 22 h 55.

Le centenaire de la naissance de Kathleen Ferrier (1912-1953) donne lieu cette année à une profusion de parutions et productions (cf. LLB du 16 avril), parmi lesquelles un film-portrait signé Diane Perelsztejn projeté actuellement dans les salles (cf. LLC du 28/3), dont La deux diffuse une version en format 52 minutes.

Dans sa note d’intention, la réalisatrice ne cache pas sa fascination pour la chanteuse, sur laquelle un de ses amis musicologues avait naguère attiré son attention pour ses pouvoirs de guérisseuse ! "Intriguée par cette histoire, je commençais à écouter les disques de Kathleen Ferrier. A mon tour, je tombai sous le charme de cette présence extraordinaire [ ] Je me promis qu’un jour, je lui consacrerais un film."

Ce film, le voici, présentant le parcours atypique de la plus grande contralto du XXe siècle, entrée par la petite porte à la chorale de son village du Lancashire "parce que sa voix était trop rauque", mais excellente pianiste, quittant l’école à 14 ans pour travailler comme téléphoniste tout en poursuivant sa pratique musicale, et bientôt lauréate des concours de chant qui l’amèneront à se faire reconnaître par les plus grands chefs, dont Bruno Walter, avec lequel son enregistrement du "Chant de la Terre" de Mahler reste la référence absolue. Si l’on dispose de nombreux enregistrements et d’un jeu éloquent de photos - dont une magnifique série de portraits datant de la fin des années 40 -, les archives cinématographiques de la chanteuse sont rares et anecdotiques, à l’exception de quelques plans de l’"Orpheus & Euridice" de Gluck, pris à Covent Garden. C’est donc aux témoins directs de la vie de Kathleen Ferrier, à quelques personnalités d’aujourd’hui - dont la contralto française Nathalie Stutzmann - et à la voix parlée de la chanteuse qu’est confié le déroulement des faits, la narration proprement dite étant confiée, dans la version française, à Marthe Keller (dont l’accent allemand surprend dans ce contexte ).

Kathleen Ferrier était une enfant du peuple, mais ce peuple aimait la musique Elle reçut de sa famille les bases qui lui permirent d’aborder la carrière internationale sans passer par le conservatoire, elle fut l’enfant chérie des Britanniques lors de la Seconde Guerre mondiale, donnant des concerts et des récitals de solidarité dans toute l’Angleterre, et n’ayant pas peur de fumer ou de boire une bière avec les militaires Le souvenir qu’elle laisse n’en est pas moins celui d’un être surnaturel, emporté à 41 ans par un cancer fulgurant après avoir donné ses dernières forces à la musique, attaché pour toujours aux œuvres les plus nobles et les plus exigeantes du répertoire.

Notons que Diane Perelsztejn évoque le "Chant de la Terre" à travers sa version de chambre - confiée ici à l’Ensemble belge Ictus -, sur laquelle, par la magie de la technique, vient se poser la voix légendaire

MDM