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Le site d'infotainment Buzzfeed France s'apprête à licencier l'entièreté de ses collaborateurs, soit 14, et à mettre fin à ses activités dans l'Hexagone, rapporte jeudi le site du Monde. Selon les informations du Monde, c'est en tout cas le projet présenté ce jeudi à l'équipe française de Buzzfeed par Scott Lamb, dirigeant du site américain venu spécialement des Etats-Unis.

"C'est extrêmement violent pour les équipes qui sont très impliquées dans ce projet. C'est complètement inattendu, il n'y avait aucun signe annonciateur. C'est une décision incompréhensible", a réagi Stéphane Jourdain, rédacteur en chef adjoint.

Il y a encore quelques mois, en 2017, le site français avait fait quelques embauches, rappelle Le Monde. Mais à la fin de l'année, d'autres éditions avaient par contre licencié, celle du Royaume-Uni s'était notamment séparée de 20 collaborateurs et celle des Etats-Unis d'une centaine.

"Le paradoxe est que l'édition française de Buzzfeed a trouvé une place dans le paysage médiatique français", estime Le Monde. "L'équipe - avec plusieurs journalistes recrutés dans des médias traditionnels - a sorti plusieurs scoops: article contredisant un argument de Nicolas Sarkozy dans l'affaire du financement libyen, série d'enquêtes sur les coulisses de la campagne de Marine Le Pen et sur le Front national, fondée sur des documents internes; enquête accusant un restaurant de refuser les clients arabes et les femmes voilées, ..."

Plus qu'un raté de l'édition française, la décision de Buzzfeed "semble liée aux défis auxquels le média est confronté: Buzzfeed doit gérer le changement d'algorithme de Facebook". Mis en place en janvier, il favorise les contenus publiés par les "amis" des utilisateurs au détriment de ceux mis en ligne par des médias. "Comme l'a rapidement noté le site spécialisé Digiday, Buzzfeed, comme d'autres sites d'information, a vu son trafic sur Facebook baisser, alors que cette source était déjà en léger déclin", souligne Le Monde.

Plus globalement, le retrait de Buzzfeed en France est l'illustration des fragilités de son modèle gratuit: très dépendant de la publicité, le média a souffert du recul de ce marché, analyse le quotidien. Son chiffre d'affaires n'est pas public mais en 2017, il a manqué ses objectifs - 350 millions de dollars - de 15 à 20%, selon le Wall Street Journal.