Médias/Télé

Quelques bougies allumées devant plusieurs portraits d'elle et beaucoup d'yeux rouges, mardi matin, dans les nouveaux locaux de la rédaction de l'avenue Georgin où des messages d'hommage arrivent de toutes parts. De l'Unesco. De diverses personnalités politiques. De téléspectateurs.

Marie-Rose Armesto, notre collègue de RTL-TVI, rédactrice en chef adjointe, nous a quittés lundi soir après une longue maladie. Son départ nous plonge dans une grande tristesse. Elle n'avait que 46 ans, et tant de choses encore à donner.

Cette fille d'immigrés espagnols est ce que la presse belge a connu de meilleur : la détermination de ceux qui n'ont rien au départ de la vie, l'engagement de ceux qui ont du coeur, le sourire de ceux qui vivent intensément.

Marie-Rose Armesto était arrivée en Belgique en 1968, avec ses parents et sa soeur. Sur leur voiture était posé le grand matelas qui allait leur servir de lit durant les premières années d'exil en Belgique. Ils venaient de Galice, d'une maison où le sol était en terre battue. Ils fuyaient le franquisme.

Elle va, à la force du poignet, se faire une place dans cette Belgique qui l'accueille. Etudes de journalisme à l'ULB, débuts à Radio Contact (où elle fait partie des premiers journalistes à présenter un journal parlé sur une chaîne privée), puis la chance saisie en 1986 avec RTL, dont elle sera l'une des pionnières. "A l'époque, elle voulait faire la Course autour du monde", se souvient son amie Kathryn Brahy. "Nous en parlions encore l'autre jour. Ce n'est pas grave, me disait-elle. Car dans le fond, ils ne m'ont pas empêchée de faire ce que je voulais." Notre consoeur réussira le tour de force d'imposer l'international sur une chaîne populaire.

C'est avec ses grands reportages que Marie-Rose Armesto va se faire connaître du grand public. Du Liban à la Bosnie, de l'Algérie au Chili, de Cuba à l'Afghanistan, elle sera de tous les combats, cherchant la voix des opprimés et des faibles. Les téléspectateurs sont sous le charme de ce petit bout de femme qui soulève des montagnes. Ils lui écrivent et la remercient. "Lorsqu'on travaillait avec elle, on était fier", nous dit Louis Pauwels, cameraman à RTL-TVI. "Nous sommes allés ensemble au Chili en 1988 pour le référendum sur Pinochet. Marie-Rose était heureuse. On n'a pas vu un lit pendant quatre jours. On dormait sur des bancs, dans des trains. Elle allait au bout des choses."

"C'était sa force"

La journaliste tenait à s'engager. Scandalisée par le siège de Sarajevo, elle organise à Bruxelles un cordon humain autour du Berlaymont pour réveiller l'Europe. A Sarajevo, elle avait tenu à serrer dans ses bras Violeta Dudic, une adolescente qui avait été blessée par les obus tombés sur le marché de Markale en août 1995. C'était en novembre de la même année. Elle voulait parler des séquelles de la guerre et avait retrouvé cette jeune fille dans une baraque en bois, chauffée d'un simple convecteur de gaz.

"C'était sa force", témoigne Thierry Dupierreux, rédacteur en chef à TVI. "Raconter des histoires humaines pour évoquer des situations et dénoncer des injustices."

Le choc du 11 septembre

Les attentats du 11 septembre furent un autre choc. Ils mirent en relief la menace d'un islamisme radical, meurtrier et totalitaire. Elle ne supportait pas les mous qui veulent toujours, par faiblesse ou par idéologie, composer avec le diable.

Contactée par l'épouse d'un des assassins du commandant Massoud, Marie-Rose la fait rapatrier en Belgique, la voit de longues soirées à Molenbeek et finit par lui consacrer un livre : "Son mari a tué Massoud".

A la parution, l'épouse est furieuse. La journaliste avait pris ses distances. Marie-Rose livra là son premier livre, mais entama aussi son dernier combat. Les premières métastases se manifestaient. Marie-Rose se battait dans la dignité. Elle recevait ses amis comme si de rien n'était. Elle tenait à parler tard dans la nuit même si la maladie l'épuisait progressivement.

Et puis l'automne dernier, elle a commencé à baisser les bras. Elle se savait vaincue mais elle voulait qu'on garde d'elle l'image d'une reporter radieuse et passionnée.

A son mari, Jean-Pierre Martin, lui aussi journaliste, à sa famille, à ses collègues et amis, "La Libre Belgique" présente ses sincères condoléances.

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