Médias/Télé Pour sa 5e saison, le magazine d’investigation de France 2 se surpasse.  Entretien. 

Cash Investigation", produit par Premières Lignes, vient d’atteindre son record historique d’audience avec "Travail, ton univers impitoyable" en septembre dernier : 4,5 millions de téléspectateurs, 19 % d’audience, 1 million de vues en replay.

Emmanuel Gagnier, rédacteur en chef de l’émission, dresse le bilan de cette 5e saison.

Comment expliquez-vous un tel succès ?

Au-delà de la qualité de l’enquête de Sophie Le Gall, qui est assez implacable dans sa démonstration, je pense que le sujet est rentré en résonance avec ce que vivent un certain nombre de téléspectateurs : la souffrance au travail. Nous sommes aussi arrivés au moment de l’élaboration des ordonnances qui réforment le Code du travail.

Combien de temps consacrez-vous à une enquête ?

Entre son commencement et le moment où nous vous la présentons, il se passe à peu près un an. Il faut trouver les sources d’information, repérer les personnes, les institutions qui peuvent avoir des infos, arriver à les récolter, les vérifier et puis tourner. Cette recherche est très laborieuse. Il faut passer énormément d’infos au tamis pour mener à bien ces enquêtes. Huit journalistes enquêteurs seniors travaillent actuellement pour "Cash", chacun ayant la charge d’une enquête et donc d’une émission. Ils sont épaulés par trois enquêteurs juniors. À la rédaction en chef nous sommes deux. Et bien sûr, il y a Elise Lucet.

Et le service juridique ?

Au cours des visionnages par le service juridique de France 2 et par notre avocate, Virginie Marquet, nos enquêtes sont passées au crible pour limiter les risques juridiques. Nos interlocuteurs vont aller chercher la moindre brèche pour tenter de nous attaquer.

En 5 ans, la perception du magazine a-t-elle évolué ?

L’enquête se fait en deux temps. D’abord, sous le radar. Ensuite, on s’affiche comme "Cash". Aujourd’hui, les gens parlent plus facilement. Ils savent qu’on ira jusqu’au bout de l’enquête. Mais les entreprises, les institutions peuvent d’autant plus fermer les écoutilles. Le phénomène attraction-répulsion est plus marqué. Au début, les interlocuteurs ne voyaient pas venir Elise. Ils la prenaient pour la présentatrice du 13h. Après, ils ne voulaient plus répondre à ses questions. La mécanique de "Cash" s’est mise en place avec les interpellations d’Elise sur le terrain. Mais depuis près de deux ans, les entreprises et les services de communication des ministères se disent que ça ne fait pas très bon effet de lui refuser une interview. La sanction pourrait être qu’elle vienne leur poser les questions directement.

Les communicants connaissent maintenant la règle du jeu.

C’est la raison pour laquelle ils font en sorte de désigner un interlocuteur. En général, ils cherchent à protéger le numéro 1, le PDG. Très rapidement, un numéro 2 est chargé de répondre à Elise : une interview sans concession sur des dossiers étayés. Ils connaissent les thèmes sur lesquels ils seront interrogés. Alors, ils cherchent à en savoir le plus possible sur nos enquêtes, en amont. Nous ne leur donnons aucune de nos questions, ni aucun document que l’on aura pu obtenir pendant notre enquête. A eux de connaître le fonctionnement de leur entreprise.