Médias/Télé

Bruay-en-Artois, 1972, sur le terrain vague de ce village de mineurs, des gamins tapent la balle. Le ballon s'éloigne et mène au corps dénudé et mutilé d'une jeune fille, Marie Lafaille. Pas de tergiversation, la fiction de ce soir, "Bruay-en-Artois, l'impossible vérité" ( (, (La une, 20h20) - et déconseillée aux moins de 10 ans ! - tape fort d'entrée de jeu. Passée la toute première scène qui laisse planer le sentiment d'une énième affaire criminelle rendue à la télévision, la fiction prend de l'épaisseur, en rendant compte d'un microcosme à la réalité sociale tendue, au bord du conflit de classe. "Ici, on est au pays de Zola". L'ado assassinée est fille de mineur. Le coupable présumé, le notaire des houillères de Bruay. Bernard Le Coq, convaincant, campe le notaire veule et sûr de lui - car sûr de ne pas être inquiété par les autorités locales. Ne craignant pas de se faire des ennemis, le juge d'instruction Marceau (Tchéky Karyo) jette un pavé dans la mare en mettant en cause le notable. Au coeur du "quartier des corons", les haines sociales vont s'alimenter de l'affaire et dresser un mur entre ces deux mondes mitoyens. Quatre ans après la révolte de 68, la hiérarchie de la justice française qui craint un emballement des foules décharge le juge de l'affaire et la piste du notable et de sa compagne est soigneusement oubliée.

Inspiré d'un fait divers qui a marqué le pays ch'ti, la fiction de Charlotte Brandstrom soulève la question de la raison d'état démontrant les mécanismes sous-jacents au pouvoir en place. Affaire non élucidée comme tant d'autres, elle soulève, malgré son côté manichéen peut-être un peu trop binaire, un sentiment de révolte contre l'ordre établi. Sans doute de peur que le dossier ne soit ressorti avant sa prescription en 2005, toutes les pièces du dossier de Bruay-en-Artois se volatilisèrent miraculeusement.