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Enfouie dans un gros pull à col roulé noir sur lequel rebondissent ses cheveux blonds, alors que le crachin de la mer du Nord frappe aux vitres, Karin Clercq se livre au naturel. Les premières images du film de Benoît Vlietinck, «Des voix parallèles», donnent le diapason: charme, simplicité, honnêteté, souci de profondeur, voilà ce qui se dégage de ce portrait croisé de deux jeunes artistes belges, Karin Clercq et Vincent Venet.

Au départ, ils n'avaient comme point commun apparent que peu de chose: un premier disque sorti en 2002, particulièrement attachant («Femme X» pour la chanteuse, «70cl» pour le chanteur), et un deuxième album trois ans plus tard («Après l'amour» pour l'une, «Humeur» pour l'autre). Parallélisme artificiel somme toute, mais qui en cachait bien d'autres.

Toute l'habileté du réalisateur Benoît Vlietinck est là: avoir favorisé la révélation de points communs entre deux artistes, le montage faisant le reste. Ainsi, l'un et l'autre se disent influencés par le son anglo-saxon, Massive Attack, Peter Gabriel, Garbage pour Vincent Venet; Radiohead, Nick Cave et... Garbage pour Karin Clercq.

Pour laisser se dévoiler ces personnalités sensibles, la caméra les a suivies d'une part à l'étranger, d'autre part en Belgique, dans des lieux avec lesquels ces artistes se sentent en osmose. Fin de l'année dernière, Karin Clercq est allée au Québec, pour recevoir le prix «Rapsat-Lelièvre». Vincent Venet, lui, est suivi à Paris d'abord à l'émission «Le fou du roi» de Stéphane Bern sur France Inter, ensuite lors de l'enregistrement de son deuxième disque, avec, comme réalisateur, Julien Schultheis. Ce dernier, qui se dit «champion du monde de la destruction d'artistes belges», est le fils de Jean «Confidence pour Confidence» Schultheis, et craque lui aussi pour le son anglo-saxon des Travis et autres Coldplay...

En Belgique, c'est à la côte que Karin Clercq se retrouve «confrontée à elle-même», avec ses émotions, tandis que Vincent Venet trouve, dans une maison ardennaise isolée, de quoi «se remettre les pieds sur terre», dans ce lieu «propice à l'humilité».

Miroir...

Tout est là car, au bout du compte, apparaissent deux personnages également non stars, non paillettes, non vedettes. L'un comme l'autre écrit. Est-ce que, dans ce métier, l'on raconte des histoires parce qu'on se sent plus libre dans la peau des autres? Karin Clercq aime faire le lien avec la comédienne qu'elle est aussi; se mettant dans la peau de «Femme X», pudiquement nue devant la glace, elle passe du rouge sur ses lèvres gourmandes. Et d'insister sur l'intérêt qu'elle porte «à ce qu'il y a à l'intérieur des gens».

Vincent Venet lui se plaît dans une mélancolie très parlante de nos jours. «On n'entend plus nos vies intérieures, on est un peu tous des fuyards, dans la frénésie du bonheur à tout prix.» Leur chant est alors un mélange d'ombre et de lumière, sur des voies parallèles mêmement touchantes, mêmement humaines. Un fil conducteur auquel «Frozen» de Madonna, en toile de fond, va à ravir.

Karin Clercq en concert le 21 juillet au Casino de Spa, dans le cadre des Francofolies, tout comme Vincent Venet, le même jour, sur la scène Pierre Rapsat.

© La Libre Belgique 2005