Chebeya, voix étouffée du Congo

Karin Tshidimba Publié le - Mis à jour le

Médias/Télé

C’est l’histoire d’un procès. Un procès emblématique et fort, épié par la communauté internationale. En juin 2010, la mort de Floribert Chebeya, célèbre militant congolais des droits de l’homme, provoque d’importants remous, nationaux et internationaux. A quelques jours de la célébration du 50e anniversaire de l’Indépendance, l’affaire fait "tache" et jette une fois encore le discrédit sur l’Etat congolais, déjà pointé du doigt, à de nombreuses reprises, pour exactions et violations des droits humains.

Fidèle à un sujet et à un pays qu’il connaît bien, Thierry Michel a voulu suivre ce grand procès, étape par étape. En résultent sept voyages et un an de travail. Entamé en novembre 2010, le procès va durer huit longs mois. Les Nations unies, l’Union européenne, les Etats-Unis et de nombreuses ONG ont, en effet, réclamé aux autorités du Congo "une enquête indépendante, impartiale et transparente". La pression est maximale sur l’Etat congolais, car les principaux suspects de ce procès sont cinq policiers répondant aux ordres du général Numbi, le plus haut gradé du Congo. Trois autres policiers sont en fuite et le chauffeur de Floribert Chebeya est, alors, toujours porté disparu (on a depuis retrouvé sa tombe). La veille de sa mort, le militant Chebeya avait, en effet, été convoqué par John Numbi, connu pour sa dureté lors de la répression des manifestations d’opposition. Or, deux semaines plus tôt, Floribert Chebeya avait annoncé le dépôt d’une plainte devant la Cour pénale internationale contre Numbi, pour un massacre perpétré dans le Bas-Congo

Poursuivant un travail à visée historique et didactique, Thierry Michel ne se contente pas de filmer le procès, des premières confrontations aux réquisitoires et plaidoiries, en passant par l’autopsie et les reconstitutions. Rencontrant ses proches et amis, le cinéaste retrace la vie de Floribert Chebeya, figure emblématique de la société civile, et retrace ses combats sur des dossiers sensibles (assassinats, répressions et corruptions) au pays de Kabila. Reconnu internationalement pour son intégrité et son obstination, Chebeya luttait aux côtés des opprimés à travers son ONG "La voix des sans-voix", malgré les menaces et les intimidations.

Sa mort, grossièrement maquillée en crime sexuel, a d’emblée jeté la suspicion sur les autorités policières, d’autant que Floribert Chebeya se disait à nouveau placé sous la surveillance des services de sécurité. Très vite, les hommes du général Numbi sont pointés du doigt, et son adjoint, arrêté. Le général, lui-même, est suspendu de ses fonctions, mais il ne peut être jugé, car le magistrat militaire affiche un grade inférieur au sien

Alors que la Cour militaire met tout en place pour mener ce procès avec sérénité et professionnalisme, se profile la question à un million d’euros : la justice se montrera-t-elle impartiale ? Entre l’amnésie feinte, la mauvaise foi, les pièces manquantes ou détruites, l’insolence frondeuse et l’impunité affichée, avocats et familles recherchent une vérité qui se dérobe et dérange.

Expulsé du Congo le 18 juillet dernier alors qu’il venait y présenter son film, Thierry Michel devrait y retourner à l’occasion du prochain Sommet de la Francophonie (du 12 au 14 octobre). Mais aux dernières nouvelles, le cinéaste attendait toujours son visa. Le procès Chebeya est actuellement en appel devant la Cour militaire congolaise. Cependant "aucun devoir d’enquête et aucune investigation n’ont suivi le témoignage que j’ai rendu public de Mwilambwe, major de la police condamné à la peine capitale lors du procès en 1re instance, et en fuite à l’étranger depuis lors" , comme nous l’écrit Thierry Michel depuis le Tchad, où il délivre actuellement une formation en cinéma. Les avocats de la partie civile ont demandé que le cinéaste puisse venir témoigner au procès. Raison qui explique sans doute le gel prolongé de son visa

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