Médias/Télé Deux réalisateurs ont suivi la journaliste de Charlie Hebdo pendant 5 ans. La Une, 22h10.

Deux ans après l’attentat qui décima la rédaction de "Charlie Hebdo", la RTBF consacre un documentaire poignant à une survivante. En l’occurrence, Zineb El Rhazoui (lire son parcours ci-dessous). Grâce à une approche sobre et délicate, Vincent Coen et Guillaume Vandenberghe dressent un portrait sans langue de bois de la journaliste et activiste franco-marocaine.

Tournage bouleversé par les attentats

Filmé sur 5 ans, de 2011 à 2016, "ce film a la particularité d’être devenu autre chose que ce qu’il devait être", indique Zineb El Rhazoui. "J’habitais encore le Maroc. On était dans l’euphorie du printemps arabe auquel j’ai participé. L’idée des réalisateurs était de venir au Maroc pour filmer des jeunes laïques qui se battent pour plus de libertés. C’était important pour eux de faire un parallèle avec la communauté marocaine en Belgique qui reste majoritairement conservatrice avec une idée assez étroite de ce qu’est l’identité marocaine."

En raison de ses activités - jugées un peu trop "révolutionnaires" par le régime -, Zineb quitte le Maroc pour la Slovénie, puis la France, où elle signe plusieurs articles pour "Charlie Hebdo". Le 7 janvier, vers 11h30, éclate une première fusillade. Peu à peu, la France découvre, stupéfaite, le visage des frères Kouachi. "Quand j’étais encore au Maroc, avec les réalisateurs, on a continué à se voir de temps en temps, poursuit Zineb El Rhazoui. On a toujours travaillé de manière flexible. On les tenait au courant de ce qu’il se passait et en fonction des besoins, ils nous suivaient ou non. Puis, après mon départ en Slovénie, en France et après les attentats, le film est devenu différent à cause des événements mais il est resté cohérent avec son objectif premier qui était de montrer que la liberté est une et indivisible et qu’on ne peut pas lutter contre le totalitarisme politique sans s’insurger contre le totalitarisme religieux. Il ne peut pas exister de démocratie sous le joug idéologique religieux, de l’islam ou de n’importe quelle autre religion."

Reflet d’un parcours intime

Rien n’est pardonné *** rappelle aussi le combat mené par "Charlie Hebdo". Sous le regard des deux réalisateurs, Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinski reprennent douloureusement vie.

Vincent Coen et Guillaume Vandenberghe, enfin, suivent le parcours intime d’une jeune femme, dont la grossesse bouleverse soudainement les certitudes. Comment construire une vie de famille lorsque l’on devient la femme la plus protégée de France ? A quoi ressemblera l’avenir d’une enfant entourée de gardes du corps ?

A travers le portrait intime de Zineb El Rhazoui, Vincent Coen et Guillaume Vandenberghe tendent un miroir au téléspectateur, lui aussi, sans doute, un peu moins libre et insouciant qu’auparavant.


Qui est-elle ?

Parcours. Zineb El Rhazoui est une journaliste et militante des droits de l’homme franco-marocaine. Elle a survécu à l’attentat perpétré contre la rédaction de "Charlie Hebdo", pour qui elle écrivait. Diplômée en langues étrangères appliquées et en sociologie des religions, Zineb El-Rhazoui a également rédigé un mémoire sur l’évangélisation au Maroc. Elle a enseigné l’arabe classique, la méthodologie de l’écrit et de la recherche avant de couvrir la guerre de Gaza en 2008 et de cofonder le Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (Mali). Elle a défendu le droit de rompre ostensiblement le jeûne en public pendant le ramadan (punissable par le Code pénal marocain) et a participé à la coordination du mouvement du 20-Février (printemps arabe). En 2011, elle trouve refuge en Slovénie, puis en France où elle travaille finalement pour "Charlie Hebdo".