Médias/Télé

Parangon du jeu narratif, "Heavy Rain" a plongé en 2010 le monde du jeu vidéo dans une crise d’hystérie, polarisant les avis à l’extrême. D’un côté, l’extase : ce thriller à embranchements qui faisait une large place aux choix du joueur opérait soudain la fusion du jeu et du cinéma au point de faire "passer le jeu vidéo, et le joueur par la même occasion, à l’âge adulte" ("Libération"). Son créateur, le Français David Cage, devenait aussitôt "le Bergman du jeu vidéo" ("Wired"). De l’autre côté du spectre, les forums de joueurs explosaient contre la prétention bouffie d’un objet multimédia dont la profondeur du "gameplay", l’expérience de jeu, consistait à secouer la manette pour se brosser les dents. Huit ans et un jeu raté plus tard, le décevant nouvel opus de Quantic Dream, "Detroit", reprend les mêmes schémas narratifs pour les gonfler d’ambitions et de moyens. Et repose cette question cruciale : un joueur libre peut-il évoluer dans une histoire écrite à l’avance ?