Médias/Télé DÉCALÉ Entretien

Le 15 mai prochain, la RTBF diffusera "Small is Beautiful", série documentaire en deux volets signée Philippe Dutilleul ("Bye Bye Belgium") et Julien Oeuillet, sur le rôle des Etats, de la souveraineté et de l’identité nationale (réelle ou artificielle). Présent à Bruxelles, mardi, Julien Oeuillet aborde de nombreuses problématiques au cœur de l’actualité.

Dans “Bienvenue chez les p’tits”, vous avez étudié les questions de souveraineté et d’identité nationale à Monaco, Andorre et au Lichtenstein. Quelles sont vos premières conclusions ? Peut-on établir un parallèle avec la Belgique ?

Ce qui m’a intéressé principalement quand j’ai initié ce projet, c’était de savoir si un petit pays fonctionnait avec plus de démocratie ou pas. Est-ce un exemple, un contre-exemple ou quelque chose entre les deux ? En l’occurrence, qu’est ce que l’on constate ? En Andorre, la démocratie progresse. Au Lichtenstein, elle recule. A Monaco, elle n’a jamais été là. Monaco n’est pas vraiment une démocratie, au sens où son parlement n’a pas les pouvoirs que devrait avoir un parlement dans une démocratie. Le prince a beaucoup trop de pouvoir. Au Lichtenstein, ça a été une monarchie parlementaire, c’est une vraie démocratie mais le prince a récupéré des pouvoirs régaliens très importants lors d’un bras de fer contre son gouvernement au début des années 2000. C’est passé inaperçu mais il est devenu beaucoup plus qu’un monarque constitutionnel comme celui que l’on a ici, en Belgique. En revanche, en Andorre, les coprinces avaient par le passé des pouvoirs très importants mais depuis les années 80-90, Andorre suit le chemin inverse et intègre plus de démocratie.

Alors, exemple ou contre-exemple ?

L’exemple à suivre pour ce pays est dans la Belgique elle-même, dans la communauté germanophone. On a suivi Karl-Heinz Lambertz, l’actuel ministre-président de la Communauté germanophone de Belgique, pas pour faire son éloge mais sa communauté était intéressante à suivre et il en fait partie. La communauté germanophone est finalement bien gérée et entretient un grand nombre de partenariats avec tout le monde autour, que ce soit l’Allemagne, le Luxembourg, la Wallonie, la Belgique, etc. Même plus loin, avec la région Lorraine. Et M. Lambertz s’intéresse aux micro-Etats, pas parce qu’il veut en devenir un, mais comme ça y ressemble, c’est intéressant pour lui de voir comment ils fonctionnent. On retient donc surtout une chose : être petit, jusqu’à un certain point, c’est un grand avantage. Mais il ne faut pas oublier de tisser des liens avec tout ce qu’il y a autour. Tous ces micro-états survivent parce qu’ils sont sortis de leur isolement. C’est le paradoxe, car ces micro-Etats ont une existence très ancienne. Ce n’est pas du tout artificiel ou récent. Et paradoxalement, s’ils ont survécu si longtemps, c’est parce qu’ils étaient également isolés !

D’où votre question : peut-on survivre en tant que micro-Etat aujourd’hui sans exercer une forme de protectionnisme ? Mais vous traitez également des questions d’identité nationale. Vous avez étudié l’accueil réservé aux allochtones. Qu’en est-il dans chacun de ces pays ?

Là, on touche à la problématique fiscale. Il faut savoir qu’il y a des paradis fiscaux de deux genres : soit pour les sociétés, soit pour les gens. Ces deux formes génèrent donc différentes formes d’immigration. Au Lichtenstein, par exemple, on ne veut pas que vous alliez y vivre. C’est typique des sociétés offshore. Vous pouvez y cacher votre argent mais vous n’avez pas besoin d’être résident pour ça. Par contre, à Monaco, il faut que vous veniez y vivre, sinon vous n’en bénéficiez pas.

Dans le second volet, “Monseigneur et les Indiens”, présenté comme “une fable néo -coloniale aux relents de comédie humaine”, vous posez aussi la question de la souveraineté des peuples autochtones en dressant le portrait du successeur du Français Antoine de Tounens, qui continue de revendiquer la couronne d’Araucanie, en Argentine et au Chili. Quel regard portez-vous sur cet Etat imaginaire ?

Le néocolonialisme, c’est un état d’esprit plus qu’un état de faits. Il y a des tas de gens qui vivent dans la classe moyenne occidentale qui n’ont jamais été dans un pays du Sud mais qui sont néocolonialistes dans leur attitude, dans leur perception des choses. Et ça ne fait pas forcément de vous un monstre, un raciste ou un complice de crimes. Mais ça n’aide certainement pas à contribuer positivement au monde.