Médias/Télé A "La Libre", on continue à laisser les gens s’exprimer… avec modération.

Le groupe de presse flamand Roularta, auquel appartient notamment l’hebdomadaire francophone "Le Vif L’Express", a décidé, mardi, de supprimer la diffusion de commentaires postés sur ses sites internet. Une décision prise "en raison du caractère trop souvent virulent et irrespectueux des échanges qui rend impossible tout dialogue constructif", expliquait mardi la direction du "Vif". Les internautes seront désormais invités à réagir via courriel.

Par le passé, le groupe de presse avait rendu impossible la publication de commentaires anonymes sur ses sites, pensant, à l’époque, avoir trouvé la parade. "Cependant, la hargne de certains n’a pas de limite, les plus virulents n’hésitant pas à polluer ces forums à l’aide de faux profils."

Au groupe IPM ("La Libre Belgique" et la "DH"), on préfère laisser aux internautes la possibilité de réagir. Mais avec modération. Depuis quatre mois, les sites d’informations des journaux sont modérés par la société française Netino. "Il y a trois ans, les aides à la presse ont été augmentées, pour l’ensemble des journaux concernés, d’1, 6 million d’euros. Le ministre en charge des médias, Jean-Claude Marcourt (PS), au lieu de supprimer cette augmentation en 2016, nous a proposé de la conserver si nous modérions différemment nos sites internet", explique le directeur général d’IPM, Denis Pierrard.

En réflexion constante

A la suite d’un appel d’offres, c’est la société Netino qui a été choisie. "Ils sont efficaces. S’ils traquent les commentaires a posteriori, ils essayent aussi de travailler a priori, en repérant les adresses IP génératrices de commentaires nauséabonds", explique encore le directeur général d’IPM.

En ayant recours à un service externe de modération, IPM ne considère cependant pas que tout est réglé. "Nous sommes en réflexion permanente. Les gens doivent pouvoir s’exprimer mais nous veillons à ce que les commentaires que l’on trouve sur nos sites soient fidèles à nos valeurs et ne les mettent pas en danger", conclut Denis Pierrard.

Pour le rédacteur en chef du site LaLibre.be, Dorian de Meeûs, la réaction de Roularta est compréhensible mais elle est "triste". "La seule plus-value du web par rapport aux autres médias, c’est que les gens peuvent s’exprimer en dessous d’un article, échanger un point de vue et construire un argumentaire en temps réel. Même si c’est loin d’être toujours le cas, cela existe."

Et puis le comportement des internautes évolue rapidement. "Les gens osent de plus en plus commenter violemment les articles sous leur vrai nom. Certains stigmatisent les gens qui postent des commentaires nauséabonds, mais on en trouve dans toutes les catégories sociales. J’ai un jour contacté un diplomate qui, la nuit, passait son temps à commenter des articles. Il finissait par déraper et il ne s’en rendait pas compte", explique encore Dorian de Meeûs. Lequel précise que certains articles sont fermés aux commentaires lorsque ceux-ci partent dans des directions inadmissibles. "Lors de la mort d’un Belgo-Turc à Istanbul, nous avons été surpris par les dérapages haineux alors qu’il s’agissait d’un drame."