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ENTRETIEN

Edouard Descampe connaît bien la RTBF. Nommé administrateur en 1988, il a occupé le poste de président du conseil d'administration durant sept années (1992-1999), soit la période où fut négocié le premier contrat de gestion de l'«entreprise publique autonome». Depuis le rejet du PSC dans l'opposition, il occupe la vice-présidence du CA de la RTBF (Léon Vivier étant l'autre représentant social-chrétien).

M. Descampe nous dévoile l'attitude qu'il adoptera, jeudi, lors du conseil d'administration chargé d'approuver le contrat de gestion 2002-2005 négocié par la RTBF avec le gouvernement de la Communauté française.

Voterez-vous en faveur du nouveau contrat de gestion?

Certainement pas. En l'état actuel, il est inacceptable.

Pour quelles raisons?

Essentiellement en raison de la formulation de l'article 2 (ndlr: nouvelle procédure de sélection des projets d'émissions). Le décret de 1997 a octroyé un statut d'entreprise publique autonome à la RTBF. Hélas, je constate à travers cet article, mais aussi à travers d'autres décisions récentes, que la RTBF est de moins en moins autonome à l'égard du pouvoir politique.

Vous visez le ministre de l'Audiovisuel, Richard Miller (PRL)?

La critique est plus large. Deux éléments se conjuguent pour expliquer la perte d'autonomie. D'une part, il y a un ministre de tutelle assez faible, à côté duquel on trouve toute une nébuleuse politique qui ne cesse de multiplier les demandes et les interventions à l'égard de la RTBF.

En 1997, lorsqu'on a négocié le premier contrat de gestion, nous étions face à un ministre solide, Laurette Onkelinx, qui maîtrisait toutes les clés de la négociation. Ici, les négociateurs de la RTBF se sont trouvés face à un ministre qui, en permanence, devait relayer les marottes de chaque famille politique du gouvernement. Résultat: on a monnayé des quotas contre une procédure de fixation des grilles de programmes tout à fait invraisemblable... Cet article 2 n'appartient pas du tout à la philosophie d'un contrat de gestion.

Quel est l'autre élément explicatif?

C'est, en miroir de la nébuleuse politique, la faiblesse et les hésitations de la hiérarchie de la RTBF. Et pour couronner le tout, on trouve un conseil d'administration qui se préoccupe avant tout de relayer les différentes tendances - et souvent fractions - politiques du gouvernement, au lieu d'appuyer les choix opérés par la hiérarchie de l'entreprise. Nous sommes donc face à un triptyque qui ne fonctionne pas bien.

Il est tout de même légitime que les administrateurs répercutent les choix de la majorité...

Oui, sauf qu'il s'est instauré ces derniers mois un climat de méfiance incroyable entre la majorité, le conseil d'administration et la hiérarchie. C'était très frappant lors du conseil, jeudi dernier, où plusieurs administrateurs avaient énormément de peine à relayer les positions de leurs ministres et où la hiérarchie au grand complet a adressé une mise en garde en considérant que le nouveau contrat de gestion revenait à imposer quelque chose de tout à fait ingérable.

C'est le retour à la politisation - externe - de la RTBF?

Une politisation au sens le plus détestable, c'est-à-dire qui paralyse le fonctionnement interne de l'entreprise. Si on prend le contrat de gestion de la VRT, c'est exactement le contraire. Le contrat flamand est contraignant, mais il ne se préoccupe pas de dire comment Bert De Graeve (ndlr: administrateur délégué de la VRT) doit prendre ses décisions et confectionner ses programmes. Le problème, à la RTBF, c'est que les administrateurs n'osent pas réagir avec suffisamment de fermeté par rapport à ce que le gouvernement veut imposer. Cela m'inquiète.

Votre rejet du nouveau contrat de gestion est-il aussi lié au manque de financement de la RTBF dénoncé par les syndicats?

La simple indexation de la dotation posera problème dans la mesure où les coûts (personnel, achats de droits télévisés,...) évoluent systématiquement plus vite. Il faudra donc inévitablement ajuster les ambitions de la RTBF à ses ressources.

© La Libre Belgique 2001