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Comprendre les ressorts du fanatisme à travers des témoignages. A voir sur Club RTL, à 20h ce jeudi.

Recrutés pour former la garde personnelle d’Hitler, les SS constituaient "la vitrine du nazisme". La brigade à la tête de mort a décimé le peuple juif en appliquant "la pire idéologie que le monde ait connue". Qui étaient-ils et comment expliquer leur fanatisme sans faille ?

Le réalisateur Serge Sampigny le démontre dans son excellent documentaire Dans la tête des SS H HH . Inédit, il contient les témoignages des derniers vétérans, dont certains qui expliquent pourquoi ils ne regrettent rien. Glaçant par les images de qualité et des propos parfois inadmissibles, le film nous replonge dans l’horreur à travers leur point de vue. Michael Miraglia incarne le sujet depuis le camp de Breendonk, pour rappeler "ce qu’il s’est passé à 20 km de Bruxelles", confie-t-il.

Serge Sampigny nous raconte le long processus des entretiens avec ceux qui ont commis l’impensable.

Quelle est l’ampleur d’un documentaire sur un tel sujet ?

J’ai eu l’idée du film en 2011 lorsque que je suis tombé sur la lettre d’un SS et qu’on m’a dit qu’il était toujours vivant. Les vétérans ne font pas de pub autour d’eux, donc les chercher prend du temps mais j’étais convaincu que ça valait le coup de travailler sur leur parole. Grâce à une équipe d’enquêteurs aguerrie qui s’est rendue partout en Europe pour les rencontrer, une vingtaine d’anciens SS ont accepté de parler.

Comment se sont passés les échanges ?

La plupart veulent se faire oublier ou se cachent mais certains estiment n’avoir rien à se reprocher et acceptent assez facilement de parler. Quelques-uns ont exprimé des propos négationnistes choquants, d’autres ont raconté des horreurs commises sans aucun remords.

Comment avez-vous imaginé la forme du documentaire ?

L’idée était de ne pas réagir à leurs propos, même aux phrases choquantes. Je ne voulais pas d’interviews agressives. L’objet du film, c’est leur imaginaire. Alors j’ai pensé répondre par des éléments d’archives qui valident ou invalident leur histoire. Quand ils parlent de lavage de cerveau, je peux valider, mais quand ils nient le génocide et l’endoctrinement, je peux clairement invalider par des images. Il ne fallait surtout pas laisser libre cours à leur délire.

Que vouliez-vous démontrer avec ces comparaisons ?

Qu’il ne suffit pas de condamner le nazisme mais qu’il faut le comprendre. Ma démarche est singulière mais je pense que pour le comprendre, il faut le faire de l’intérieur, dans leur tête. On peut comprendre de l’intérieur ce qui paraît incompréhensible de l’extérieur. Ils nous expliquent qu’ils tuaient en pensant se défendre, que les Juifs étaient les agresseurs. C’est tellement absurde qu’on ne peut pas le comprendre sans les écouter. On ne peut pas leur pardonner mais on peut les comprendre.

Comment expliquer l’intérêt pour le film et son thème aujourd’hui ?

Je crois qu’il existe une constante entre les fanatiques d’hier et d’aujourd’hui. Il y a un écho actuel puisque, comme les terroristes qui tuent encore en France aujourd’hui, les SS pensaient se défendre, parfois même être les victimes. Certains vétérans se sentent dans leur bon droit.