Médias/Télé Chaque matin, sur France Info, il se glisse dans la peau d’un autre pour un moment de schizophrénie réjouissant.

Quand, à l’été 2016, France Info lui propose d’intervenir chaque jour à l’antenne pour une chronique décalée sur la vie politique - notamment - Karl Zéro hésite. N’a-t-il pas fait le tour de la question, pendant ces dix longues années où il a reçu tous ceux qui comptaient sur le plateau du "Vrai Journal" ? Pourtant, quelque chose le titille. Il se souvient, notamment, avoir regretté de ne pas avoir couvert la campagne 2012, qui vit François Hollande accéder à la présidence. Alors, n’écoutant que son envie et faisant fi de l’heure ô combien matinale à laquelle il devrait désormais s’extirper de son lit, pour être sur antenne chaque jour à 7h55, il finit par accepter de jouer au Si j’étais… Soit une minute trente quotidienne dans la peau d’un(e) autre, forcément en vue dans l’actu, et qu’il brocarde joyeusement. "Je savais que ça pouvait être marrant, mais je ne pouvais pas supposer que ce serait si théâtral !", dit-il, attablé devant des pâtes aux truffes. "L’actualité a été inimaginable. Aussi bien aux Etats-Unis qu’en France. Et même en Russie, parce que dès que Poutine bouge une oreille, c’est rigolo. Donc, j’ai eu beaucoup de chance."

Huit mois de matinales plus tard, ses chroniques ont été rassemblées dans un livre, "à lire dans l’ordre sous peine de n’y rien comprendre".

A France Info, on vous a laissé le champ libre ?

Complètement. Je pense qu’en fait, il y a un gros manque d’un mec qui dit les choses et qui n’est pas encarté, d’un côté ou de l’autre. On reproche beaucoup aux médias, aujourd’hui, d’assassiner systématiquement François Fillon. Moi, je le vanne régulièrement, mais comme je le fais avec Hollande ou Macron.

Pourtant, une opinion, vous en avez une. C’est difficile de la garder à distance ?

Je ne sais pas si j’en ai une, franchement. J’ai interviewé ces mecs-là pendant dix ans, puis il y a eu BFM pendant deux ans, où j’ai vu arriver la jeune génération. Je les connais tous par cœur, c’est pour ça que je n’ai pas trop de mal à me mettre dans leur peau. Ce que j’essaie de faire, c’est de surprendre les gens et les amener à réfléchir à des trucs un peu différents. Mais c’est un exercice très difficile, que je ne ferai pas 50 ans.

Qu’est-ce que vous voyez venir, pour les présidentielles ?

Au jour d’aujourd’hui, c’est ce que je racontais ce matin : si j’étais Macron. Il va gagner, mais il ne faut plus qu’il bouge une oreille ou il risque le faux pas. Il est fatigué, il ne sait plus bien où il en est… A un moment, le creux qu’il a derrière lui, tout le monde va le voir. Même si aujourd’hui, tout le monde le rallie. Dans son sillage, il a quand même 12 ex-ministres de Chirac ! Il faut qu’il soit extrêmement prudent et s’il fait zéro connerie, c’est gagné. Il n’a toujours pas un programme clair et tout le monde s’en rend compte, mais faute de grives, on mange des merles.

Tout personnage est incarnable ? Ça va de Polnareff à Pompidou en passant par Salah Abdeslam…

Presque tous, à part Hitler. Polnareff, il n’était pas content. Je travaille à un documentaire sur Claude François, pour Arte. C’est Fabien Lecœuvre qui s’occupe de l’image de Clo-Clo. Mais il s’occupe aussi de Polnareff. J’avais ironisé sur la vraie-fausse embolie pulmonaire et, pas de bol, il a écouté. Un jour, j’appelle Lecœuvre à propos de Claude François et Polnareff était à côté et hurlait "Quoi, c’est Karl Zéro, passe-le moi". La vanne n’était pas très méchante : je disais qu’il avait fait un scanner, qu’il y avait effectivement des taches au niveau des poumons, mais qu’il n’avait pas retiré son pull et que c’étaient des taches de vin. Il prend tout au premier degré. Avant il montrait son cul… Il a vieilli.

Karl Zéro, Si j’étais…, Editions du Rocher