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La nouvelle série documentaire "Dark Tourist" explore la veine macabre et glauque du tourisme en huit épisodes, chacun consacré à un pays ou à un continent en particulier. Avec trois attractions touristiques morbides par destination, cette nouvelle production Netflix, lancée en juillet, ressemble fort à un catalogue pour les amateurs de ce genre de vacances atypiques. Ce qui lui a valu de nombreuses critiques.

Cette série documentaire est le nouveau projet du journaliste et réalisateur néo-zélandais David Farrier. Dans le générique, il affirme "avoir toujours été attiré par la face la plus bizarre de la vie". Son documentaire "Tickled", explorant la pratique du chatouillement, atteste de son attirance pour le grotesque. Et d’ajouter : "J’ai donc décidé d’investiguer le tourisme noir, un phénomène global où les gens choisissent de passer leurs vacances dans des endroits associés avec la mort et la destruction".

Sensationnalisme gênant

David Farrier entame cette nouvelle production Netflix au Japon, dans la province de Fukushima tristement célèbre pour de nombreuses catastrophes. En 2011, la région a été ravagée par un tremblement de terre suivi d’un tsunami. Ces catastrophes climatiques ont ensuite entraîné une catastrophe nucléaire avec l’explosion de la station Dachii. Plus de 20 000 personnes y ont perdu la vie et les survivants ont dû être évacués. Cependant, David Farrier s’intéresse plutôt à un nouveau business apparu à la suite de ces catastrophes : le tourisme nucléaire. Armés de compteurs Geiger pour connaître le niveau de radioactivité, le journaliste et ses compagnons de voyage visitent le village abandonné de Tomioka. Grâce au guide de cette expédition, l’épisode éclaire sur toute une série de sujets tels que la tentative du gouvernement de repeupler la région malgré le niveau élévé de radioactivité toujours mesuré. Mais le comportement de certains touristes s’avère gênant. Les séances photographiques commentées - "Le réacteur nucléaire vient d’exploser. Ton visage devrait aussi être explosif" - choquent par le manque d’empathie pour les victimes et la trivialité d’un tel comportement.

Malgré une volonté d’éduquer, "Dark Tourist" présente des carences éthiques et tombe facilement dans le sensationnalisme. David Farrier manque d’assurance et ne prend pas clairement position face à ce commerce exploitant le désespoir des populations locales.

Une lacune critique

Dans le deuxième épisode dédié à l’Amérique Latine, le journaliste néo-zélandais rencontre l’ex-tueur à gage de Pablo Escobar qui a mis à profit son passé d’assassin pour réaliser des visites autour de la personnalité et de la vie du baron colombien de la drogue. Le ton est donné. Comme dernière "escapade" sud-américaine, David Farrier participe à "une expérience dans la peau de migrants illégaux" où la traversée de la frontière américaine, coûtant la vie à de nombreuses personnes, s’apparente à un jeu de rôles ignoble.

Cette série évoque également une attraction dédiée au tueur en série cannibal Jeffrey Dahmer, à l’assassinat de JFK et bien d’autres atrocités. Le fait de consacrer une saison entière à ce type de pratique semble rater le but éducatif annoncé. Au même titre que les activités présentées, "Dark Tourist" creuse le filon de ce business basé sur la souffrance humaine. Le problème réside bien dans le fait que le journaliste David Farrier ne condamne pas ce qu’il voit et expérimente.

Le quotidien britannique "The Guardian" classe d'ailleurs cette nouvelle série dans la “tendance récente à produire de la télévision titillante à partir des lieux problématiques du monde”. Et de résumer clairement : “Il y a une ambivalence profonde dans cette veine particulière de télévision. C’est certainement éducationnel. Mais elle n’offre aucune sorte d’analyse politique ou une quelconque solution possible”.

Averti de cette pente glissante vers l’immoral, le spectateur (de plus de 16 ans) pourra tout de même suivre les voyages du journaliste David Farrier avec un certain recul. Au-delà de son côté sensationnel, la série revisite des moments clés de l’Histoire avec des documents d’archives et des témoignages. L’angle du tourisme noir n’est sans doute pas la meilleure approche pour transporter et informer le spectateur.