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La RTBF et Christian Dauriac, chef de rédaction du journal télévisé depuis 2012, ont cessé leur collaboration jeudi, indique la RTBF par communiqué. Selon Le Soir, le journaliste aurait été licencié au cours d'un conseil d'administration spécialement convoqué pour l'auditionner en raison de propos homophobes et racistes proférés à l'adresse de l'un de ses collaborateurs qui s'est plaint au service des ressources humaines. Un motif que dément formellement le porte-parole de la chaîne publique, Bruno Deblander.

D'après un mail qu'ont pu se procurer nos confrères de la DH, Dauriac se serait ainsi adressé à un autre responsable, homosexuel et d’origine allemande en ces termes choquants : "Ton pays a inventé un système où méritent de finir les gens comme toi".

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L'homme était depuis longtemps décrié en interne pour sa gestion d'équipe, précise encore le quotidien sur son site internet. "Il a un comportement humain qui rend les choses très difficiles à l'intérieur de la rédaction", témoigne un observateur interne. "Il crée un climat détestable en permanence". Les relations entre Jean-Pierre Jacqmin ainsi que François De Brigode avec Christian Dauriac seraient devenues "exécrables", selon le journal.

Au sein de la rédaction de la RTBF, certains se disent toutefois secoués par la nouvelle.

En attendant le lancement d'une procédure d'appel à candidatures, Jean-Paul Philippot, administrateur général, a confié la rédaction en chef du JT à Bruno Clément, a conclu la RTBF dans son communiqué.


Une rédaction trop indépendante pour la direction ?

De son côté, Christian Dauriac a le sentiment de plus en plus net que son licenciement découle d'un coup monté par la direction de la RTBF, a-t-il fait savoir jeudi soir à l'agence BELGA. Christian Dauriac a été prévenu mercredi soir de la tenue, le lendemain, d'un conseil d'administration concernant "un dossier inexistant comprenant des faux en écriture", dénonce l'intéressé accompagné de son avocat au CA qui a duré de 16h00 à 18h30.

Les documents à charge du chef de la rédaction du JT sont deux mails qui auraient été envoyés il y a un mois et contenant des propos homophobes, dont l'un aurait été transmis à l'un de ses collaborateurs le traitant de "gros pédé allemand". "J'ai la preuve d'échanges de mails précédents avec cette personne qui sont cordiaux parce que nous n'étions pas du tout en mauvais termes", s'étonne Mr Dauriac.

Celui-ci a demandé une expertise informatique de la signature effective de l'envoi de ces mails à la direction, qu'il accuse de n'avoir effectué aucune vérification, mais celle-ci a refusé. Il intentera dès lors une procédure devant le Conseil d'Etat en ce sens, a-t-il précisé à l'agence BELGA.

"Il y avait clairement des tensions en termes de ligne éditoriale mais je pense surtout que cela dérangeait la direction que, étant donné le succès du JT, la rédaction gagne en puissance et soit de moins en moins perméable aux pressions extérieures. Cela les a exaspérés qu'elle devienne relativement indépendante", estime le Français.

"J'ai l'impression d'avoir été braqué dans la rue par trois hommes armés. Ce qui me blesse le plus, ce sont les accusations racistes et homophobes. On a voulu me démonter. Le degré de haine à mon égard justifie apparemment le risque qu'a pris la direction de faire face à des poursuites pénales", a-t-il conclu.

Au sein de la rédaction de la RTBF, certains se disent secoués par la nouvelle. "Il a un caractère fort mais il a tout de même redressé les audiences du journal télévisé, de 450.000 à 600.000 téléspectateurs en trois ans", souligne-t-on à bonne source.

Christian Dauriac organisera une conférence de presse vendredi à 14h30 au 36, boulevard du Souverain à Bruxelles (cabinet de Me Gérard).